mardi 8 mai 2018

Académies d'hommes, de Charles Léandre (1862-1934)

Une belle série d'académies d'hommes, par l'illustrateur Charles Léandre, plus connu pour ses caricature. Je termine ce billet par un autoportrait de l'artiste. On remarquera les poses parfois fort peu naturelles que l'on faisait prendre à ces modèles. J'imagine que c'est dans un but pédagogique pour que les élèves de Beaux-Art se familiarisent avec toutes les possibilités qu'offre le corps humain et, dans ce cas bien précis, le corps masculin.









mardi 1 mai 2018

Glanes

Une illustration de Raymond Carrance pour La Ville dont le Prince est un enfant, de Montherlant (1967).


Quant à ce tableau anonyme datée des années 1820, il nous rappelle combien la peinture néo-classique a été homo-érotique. Un érudit qui voudrait s'attaquer à un recensement et à une analyse de tous les tableaux de cette période esthétique se confronterait à un continent presque sans fin à explorer. A ma connaissance, ce travail n'a pas été entrepris, ni même esquissé.

 
Ce mouvement n'est évidemment pas seulement français. Au hasard de mes glanes internet, j'ai trouvé ce tableau du peintre espagnol José Aparicio (1770-1838), peint en 1811, à Rome : Socrate enseignant.


Sur la tablette, il est écrit : Consiglio ad un giovane poeta dialogo socratico recitato nelle adunanza della' Arcadia, que l'on peut traduire par : Conseil à un jeune poète, dialogue socratique récité lors de l'assemblée d'Arcadie.

Ces numismates sont bien tendres entre eux (et fort peu habillés) au moment d'observer la médaille que tient ce musculeux jeune homme.


Il s'agit d'une médaille éditée par la Société des Amis de la Médaille Française, en 1901, pour commémorer la récente fondation (1899) de la société. Ces 4 hommes représenteraient des graveurs connus à leur époque. Sur la face, le personnage féminin en train de dessiner n'est guère plus habillée.

jeudi 19 avril 2018

Si le grain ne meurt, André Gide, 1924

Mais, saisissant la main qu'il me tendait, je le fis rouler à terre. Son rire aussitôt reparut. Il ne s'impatienta pas longtemps aux nœuds compliqués des lacets qui lui tenaient lieu de ceinture; sortant de sa poche un petit poignard, il en trancha d'un coup l'embrouillement. Le vêtement tomba; il rejeta au loin sa veste, et se dressa nu comme un dieu. Un instant il tendit vers le ciel ses bras grêles, puis, en riant, se laissa tomber contre moi. Son corps était peut-être brûlant, mais parut à mes mains aussi rafraîchissant que l'ombre. Que le sable était beau! Dans la splendeur adorable du soir, de quels rayons se vêtait ma joie!...
Ce beau texte est extrait du livre le plus personnel d'André Gide, du moins de mon point de vue. Si le grain ne meurt a d'abord paru dans un petit tirage confidentiel et privé de 12 exemplaires pour le premier volume en 1920 et de 13 exemplaires pour le deuxième volume en 1921. Quelques années plus tard,  André Gide se décida à le rendre public. C'est un exemplaire de cette première édition publique, de 1924, en 3 volumes, que j'ai eu le plaisir d'acquérir dans une belle reliure de Devauchelle. Un beau texte, qui me touche, dans un beau tirage, recouvert d'une belle reliure, que demander de plus ?


Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la première édition, la fiche de ce libraire (en anglais) présente un des rares exemplaires : cliquez-ici.

mercredi 4 avril 2018

Jacques d'Adelswärd-Fersen, l'insoumis de Capri, de Jacques Pérot et Viveka Adelswärd

J'ai souvent eu l'occasion de parler de Jacques d'Adeslwärd-Fersen sur ce blog, une des belles personnalités de notre histoire homosexuelle. Jusqu'à maintenant, il n'existait pas de biographie directement accessible. L'Exilé de Capri de Roger Peyrefitte ne pouvait pas être considéré comme une source fiable. Au mieux, peut-on la lire quand on aime le style (fort vieilli) de Peyrefitte.


Cette lacune est maintenant comblée grâce à la belle biographie de Jacques Pérot et Viveka Adelswärd : Jacques d'Adelswärd-Fersen, l'insoumi de Capri, qui vient de paraître. 

C'est une biographie documentée, précise, qui obéit aux règles actuelles du genre : des faits vérifiés et sourcés, des travaux de recherche documentaire, un écriture précise. J'aime ce type de biographie qui pourrait paraître froide (ce que certains ont appelé des biographies notariés...). Dans le cas présent, ce récit de la vie de Jaques d'Adelswärd se lit avec plaisir grâce à l'élégance et la fluidité du style.

Mais au-delà de ces commentaires de forme, cette biographie apporte plusieurs éléments nouveaux qui enrichissent notre connaissance de la vie du baron comme la correspondance inédite de son cousin Adolf qui permet de voir "de l'intérieur" la perception de l'affaire par sa famille ou des textes inédits, comme celui qui permet de confirmer que Fersen se serait suicidé.

A la différence de la majorité des biographies d'écrivains, les auteurs ont fait le choix de publier de nombreux extraits de textes de l'auteur, soit pour appuyer des faits de sa vie (Jacques d'Adelswärd s'est beaucoup raconté), soit pour illustrer ses sentiments ou ses pensées, soit, tout simplement, pour faire découvrir ses œuvres. Excellente initiative qui permet au lecteur de découvrir l'œuvre de Fersen. En effet, ses livres sont difficilement accessibles et peut-être que tout le monde n'a pas le temps (et parfois le courage) de découvrir les beaux textes de Fersen au sein d'une production abondante.

Ce beau portrait de l'adolescent Milès orne le dernier chapitre du bel ouvrage de Jacques d'Adelswärd-Fersen :
Le Baiser de Narcisse, 1912, illustré par Ernest Brisset.

J'aurais peut-être aimé qu'une place plus grande soit faite à la revue Akademos, même si un chapitre entier lui est consacré. En effet, il faut toujours répéter que c'est la première revue homosexuelle française, même si elle n'était pas que cela (récemment, on a essayé de lui retirer ce privilège d'antériorité au profit d'Inversions, autre revue méritoire). Mais c'est peut-être que j'aurais voulu un livre plus militant, mais ce n'était pas le propos des auteurs, ce qui est probablement mieux. Pour rester dans cette thématique, j'ai beaucoup apprécié la mise en valeur et la reconnaissance de la belle relation ente le baron et Nino, cet amour qui a traversé les années. Bel exemple de fidélité.

Sur cette photo peu connue, récemment publiée par les éditions Quintes-Feuilles (voir commentaires),
on y voit Nino Cesarni à gauche et Jacques d'Adelswärd à droite. La troisième personne n'est pas identifiée.



vendredi 16 mars 2018

Glanes

Mais que regardent ces tendres jeunes gens ?


Est-ce ce bel homme musculeux?


Il semblerait bien que oui :


Mais de quoi s'agit-il ?

Jean-Jacques Lagrenée (Paris 1739 - 1821) : Archimède sortant du bain


Les hasards des ventes aux enchères nous donnent d'autres occasions de belles découvertes. Ce ne sont pas toujours des chefs d’œuvre, mais ce sont souvent des occasions de découvrir comment le corps masculin a toujours été mis à l'honneur dans le temps, souvent sous des prétextes historiques, mythologiques ou ethnologiques.

Par exemple, ce fort médiocre tableau du XIXe siècle, vendu récemment à Lyon, réserve quelques bonnes surprises sur l'image qu'un peintre néo-classique anonyme pouvait avoir du corps masculin.

Le vue complète du tableau nous permet de découvrir quelques images surprenantes :

École française du XIXe siècle : La porte des enfers, " discite justitiam moniti " (Enéide, Livre VI)

Mais voyons les détails :




Est-ce l'Apollon callipyge ?

J'en profite pour présenter quelques glanes un peu anciennes :

Remarquez le déhanché de ce torse d'Apollon !



Arthur Dupagne (1895 - 1961) : Piroguier






 Charles-Alphonse Combes (1891-1968) : La danse du feu

 Francesco Salviati (Florence 1510 - Rome 1563)


mercredi 7 mars 2018

Garçons de joie

Le nouvel ouvrage de Nicole Canet et de la galerie "Au Bonheur du Jour" est arrivé. Faisant suite à un premier ouvrage de 2012 : Hôtels garnis, Garçons de joie, 1860-1960, celui-ci poursuit l'exploration de ce même thème. Le premier ouvrage était plus historique, explorant les archives de la Préfecture de Paris. Celui-ci fait la part belle à une riche iconographie souvent très érotique. On y trouve des belles séries d’œuvres de Roland Caillaud, de René Bolliger, d'Ernst Hildebrand et de bien d'autres, moins connus, voire anonymes.

La couverture illustrée d'un dessin de Roland Caillaud est déjà une "mise en bouche" (si j'ose cette expression), qui donne envie d'en voir plus. Je vous dévoile quelques images de ce que vous pourrez y découvrir :





Pour découvrir et commander le livre : cliquez-ici.

Le site de la galerie a été refondu. N'hésitez pas à aller faire un tour :  http://www.aubonheurdujour.net/



dimanche 18 février 2018

Robert Mapplethorpe, "habillé" par Florent Rousseau


L'ouvrage de ce jour est l'association d'un grand photographe et d'une relieur contemporain imaginatif et créateur :


En 1988, paraît un ouvrage sur Robert Mapplethorpe, signé Richard Marshall, publié à l'occasion d'une exposition qui s'est tenue au Whitney Museum of American Arts, de New York du 23 juillet au 23 octobre 1988.


C'est un exemplaire de cet ouvrage qui a été relié en 2014 par Florent Rousseau :


La fragile reliure est conservée dans une emboîtage :



J'ai cherché une image emblématique. J'ai choisi cette mise en regard d'un arum, stylisé par le regard du photographe, avec ce garçon, la mise en page rendant érotique le rapprochement de ces 2 photos.


Autre image, plus souvent reproduite :


Robert Mapplethorpe, dans un autoportrait où il se montre dans une forme de simplicité qui ne lui est pas habituelle :



La couverture :

Florent Rousseau a signé sa composition de cette petite pièce de cuir portant un emblème fort suggestif :



J'ai déjà présenté une reliure de Florent Rousseau sur ce site. Il s'agissait d'une création pour couvrir l'édition originale du Captif amoureux de Jean Genet :


mercredi 7 février 2018

André Baudry (1922-2018)

La nouvelle est peut-être passée inaperçue. André Baudry, le fondateur du mouvement Arcadie en 1954, est décédé le 1er février dernier à Naples, où il vivait depuis longtemps.


J'espère que mes lecteurs connaissent Arcadie, le premier mouvement homosexuel en France. A défaut d'en connaître l'histoire, j'espère qu'ils en connaissent au moins le nom. Je n'ai d'ailleurs pas l'objectif de faire ici l'historique du mouvement. On trouvera sur Internet de nombreux sites, dont Wikipédia, qui présentent les principales choses à savoir. En cherchant bien, on trouvera peut-être quelques-uns de ces jugements qui renvoient aux oubliettes de l'histoire une association qui, à un moment donné, s'est trouvée décalée par rapport aux évolutions des mouvements homosexuels. C'est ainsi qu'il a disparu en 1982. Mais, il faut aussi que le temps permette de rendre justice à ceux qui l'ont créé et l'on fait vivre pendant presque 30 ans.

Aujourd'hui, je voudrais plus particulièrement rendre hommage à André Baudry, qui a été le maître d’œuvre et l'animateur du mouvement Arcadie. Avec quelques uns qui ont été à l'origine du mouvement, il a eu le courage de porter une forme de visibilité homosexuelle à une époque qui n'était pas prête à l'accueillir. Pour beaucoup d'entre nous, il est très difficile d'imaginer ces années 1950 que nous n'avons pas vécues. De l'avis de tous, ce fut une époque de retour à une forme d'ordre moral, après le traumatisme de la Second Guerre Mondiale et de l'attitude peu glorieuse de la France.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, il existe un bon ouvrage documentaire, paru il y a quelques années : Arcadie. La vie homosexuelle en France de l'après-guerre à la dépénalisation, par Julian Jackson (interview de Julian Jackson : ici).



C'est, à ma connaissance, l'ouvrage le plus complet. L'ouvrage de Frédéric Martel, Le Rose et le Noir, lui consacre aussi une large place dans son histoire des mouvements homosexuels. C'est d'ailleurs dans cet ouvrage que j'ai véritablement découvert l'histoire du mouvement.

Il y quelques années, j'ai eu le bonheur de pouvoir acheter la collection complète des 10 premières années de la revue Arcadie, bien reliée. Toutes les circulaires, tous les documents annexes communiqués au membre d'Arcadie, toutes les photos envoyées en supplément ont été reliés dans cette collection, ce qui en fait un document irremplaçable sur les premières années du mouvement.



Ceux qui auraient la vision d'un mouvement un peu "vieillot" et timoré ne doivent pas oublier qu'il a ouvert sa revue à un dessinateur comme Jean Boullet, présenté les ouvrages d'Augiéras, projeté Un Chant d'amour, de Jean Genet, au moment où il n'avait aucun visa 'exploitation.

Nota : Le premier numéro de la revue Arcadie, qui signe la naissance du mouvement, est daté de janvier 1954. Dans le faire-part, c'est 1956 qui est indiquée. Sauf à penser qu'il s'agisse d'une erreur, je n'ai pas trouvé d’éléments permettant de corroborer cette date. Cette année-là, l’événement marquant est le procès intenté à André Baudry pour la publication de la revue Arcadie.