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| Vincente Maçip (Andilla ? ca.1474-Valencia 1550) The Last Judgement with Saint Michael Archangel Source : Christie's |
Amateur de beaux livres, passionné par la culture homosexuelle, je partage ma passion sur ce blog. Je propose une promenade au sein d'une bibliothèque personnelle, en espérant que cela créera de l'échange et fera découvrir à certains la richesse de la culture littéraire homosexuelle. J'espère vous offrir de nombreuses découvertes dans l'immense continent de la littérature et de l'histoire homosexuelles, notre patrimoine commun.
Lorsque l'amour des livres rencontre l'amour des garçons !
Hier, 24 novembre 2020, on fêtait le cent-cinquantième anniversaire de la mort d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, à Paris.
J’ai retrouvé le livre de poche grâce auquel j’ai découvert ce texte magnifique.
J’avais noté à l’intérieur le jour où je l’ai acheté : « Vendredi 8 mai 1981 ». Le souvenir m’en est encore tellement présent que je peux dire qu’il vient d’une boutique de livres d’occasion située rue Lanterne à Lyon. J’y ai acheté un nombre considérable de livres, que j’ai tous gardés.
En mai 1981, j’avais tout juste 18 ans. J’étais en classe préparatoire scientifique (Math Sup) au Lycée du Parc, à Lyon. Comment ai-je découvert l’existence des Chants de Maldoror ? Je suis bien incapable de m’en souvenir aujourd’hui. On finit par oublier qu’il y a quarante ans, l’accès à l’information était incomparablement plus difficile que de nos jours. Il fallait un concours de circonstances pour apprendre qu’il existait ce texte étrange, non sans quelque résonance homosexuelle. C’est d’ailleurs probablement ce qui m’a conduit jusqu’à lui. Comme beaucoup de jeunes gens de ma génération, j’ai été élevé aux Lagarde & Michard, qui se gardaient bien de nous parler de Lautréamont et de nombreux autres écrivains. Mais, probablement pour cette même raison, je devais avoir l’esprit aux aguets, pour pouvoir capter la moindre information qui m’enseignait l’existence de textes comme celui-ci, comme ceux de Jean Genet que j’ai découverts de la même façon et de tant d’autres. Je lisais beaucoup. Ma curiosité était en éveil.
J’ai gardé cet exemplaire dont il est facile de voir les traces d’usure. Je garde un attachement indéfectible, presque fétichiste, pour tous ces livres d’occasion dans lesquels j’ai découvert ces grands textes de la littérature qui ont contribué à ce que je suis. Aujourd'hui, j’aime acheter des éditions rares, imprimées sur du beau papier, bien reliées. Pourtant, je ne rougis pas de les mettre à côté de ces ouvrages usés, mais encore pleins de la vie que j’ai vécue avec eux. Cela peut paraître étrange. J’y vois au contraire une continuité entre le lecteur que j’ai été (et que je suis toujours) et le collectionneur que je suis. Une forme d’amour immodéré des objets, certes un peu vain.
Et, pour ceux qui ne le connaissent pas, lisez Lautréamont.
Je vous signale cet excellent article paru dans Marianne à propos de Lautréamont : cliquez-ici. ainsi que la page Facebook de l'Association des Amis Passés Présents et Futurs d'Isidore Ducasse.
Le confinement a au moins le mérite de laisser du temps pour découvrir des pépites. La Cinémathèque française propose des films rares, qui sont restaurés avant d'être mis en ligne. J'ai découvert hier deux courts-métrages de François Reichenbach, le premier plus construit, que j'ai trouvé très émouvant, le deuxième qui est d'abord une suite d'instantanés. Il nous donne à voir des garçons amis ou croisés, j'imagine, au gré de ses pérégrinations à travers le monde.
Last Spring (1954)
Une œuvre de Botticelli en vente est en soi un événement. Un beau portrait de garçon un peu androgyne, comme Botticelli semblait les affectionner est toujours un plaisir pour les yeux. Un garçon qui porte mystérieusement un portrait entre les mains est une énigme, mais aussi un stimulant inépuisable pour l'imagination.
L'actualité de Pierre Loti est riche. Samedi 10 octobre, une vente aux enchères à Saintes a dispersé une belle collection de souvenirs de Pierre Loti qui venait directement de la succession de l'un de ses petits-fils, Pierre Loti. On pourrait regretter qu'une telle collection soit proposée à la vente à l'encan, alors que certaines pièces auraient mérité d'être conservées par le musée Loti de Rochefort. Mais j'imagine que des nécessités dont je ne connais pas la nature a conduit la famille Loti à se dessaisir de ces objets qui appartiennent en même temps à l'histoire familiale et à l'histoire littéraire.
J'ai sélectionné quelques images parmi les plus de 70 lots qui ont été proposés aux enchères.
Ce portrait de Julien Viaud, avant qu'il ne soit Pierre Loti, à l'âge de 12 ans, par sa sœur Marie Bon a heureusement été acheté par le musée Loti de Rochefort, dont la réouverture est prévue en 2023. Je me fais une joie de retourner à Rochefort pour voir cette maison de Pierre Loti.
Ce tableau représente justement la Mosquée que Pierre Loti avait aménagée dans sa maison de Rochefort.
Ce magnifique dessin de Pierre Loti représente deux gabiers, Samuel et Daniel, balayant des oiseaux morts tombés sur le pont d’un navire (il s’agit d’une scène de Pêcheur d’Islande). Il a été très disputé. Il montre, pour ceux qui en douteraient, que Pierre Loti était fasciné par la beauté du corps masculin. Que faut-il en déduire ? je n'en sais rien. Ce plaisir nous est offert. Ne le boudons pas.
Ce dessin nous montre que Pierre Loti, parmi ses multiples talents, possédait un bon coup de crayon. Il représente La Limoise, cette propriété proche de Rochefort où il retrouvait Lucie Duplais, cet amour d'adolescence dont la mort, alors qu'il avait 15 ans, a été une de ses premières douleurs d'homme. C'est un lieu majeur qu'il évoque dans Le Roman d’un enfant, livre qui rassemble ses souvenirs de jeunesse. C'est, me semble-t-il, un des plus beaux textes de Pierre Loti. Je l'ai lu, émerveillé, dans une chambre d'hôpital il y a un peu plus d'un an de cela.
Pierre Loti en uniforme de capitaine de frégate.
Photographie du tableau d’Edmond de Pury qui représente Pierre Loti en officier de Marine.
Chiffre JV PL de Pierre Loti, avec sa devise « Mon mal, j’enchante » dans un phylactère, qui ornait un service de table en faïence fine de Bordeaux, de la Manufacture Ducot-Kintzel, qui avait été fabriqué pour Pierre Loti. Il l'utilisait lors des réceptions dans la grande salle à manger de la maison de Rochefort.
Menu de la fête médiévale organisée par Pierre Loti, à Rochefort, le 12eme jour d’apvril de l’an de Grâce MDCCCLXXXVIII [1888].
Photo de Pierre Loti en Louis XI assis sur une cathèdre entre Laporte et Pierre Scoarnec habillés en page.
De nombreuses photos étaient reproduites dans le catalogue en ligne et proposées à la vente. Je ne sais qui est représenté avec ce beau collant moulant et ce pourpoint.Il ne manque pas de charme... [Un lecteur me fait remarquer à juste titre la ressemblance avec l'acteur Édouard de Max. Il reste un doute car il n'apparaît pas parmi les invités cités par Alain Quella-Villéger dans sa biographie de Pierre Loti. La notice de la maison de vente aux enchères n'est pas suffisamment précise. Il pourrait s'agir de "Paul Parfait (officier de marine, gendre du Cdt Viviat Barbotin) costumé en page".]
La vente comportait aussi des livres offerts à Pierre Loti, dont ce roman par Sarah Bernhardt, avec sa belle couverture.
En 1888, paraît Sodome, d’Henri d’Argis, un des premiers, si ce n’est le premier, romans homosexuels, préfacé par Paul Verlaine. J'en ai déjà parlé sur ce blog (voir ici).
Un an plus tard, Henri d’Argis fait paraître Gomorrhe, comme une suite logique, si j’ose dire, de son précédent ouvrage. Après avoir exploré ces deux déviances sexuelles, il est revenu à des sujets plus « normaux » en s’intéressant à L’Éducation conjugale, en 1895. Il bouclait ainsi un cycle.
L’objet de ce message n’est pas d’entrer dans des considérations bibliographiques sur quelle est la véritable édition originale de Sodome, que l’on trouve avec plusieurs adresses : Piaget, Bergeretto, Charles et des couvertures différentes. Je connaissais cette édition de 1889, chez Charles. Je sais maintenant que, selon un usage habituel dans l'édition à l'époque, l’éditeur Charles a récupéré l'édition de 1888, en lui mettant une nouvelle page de titre (un titre de relai, en termes techniques), avec son adresse, et surtout, une nouvelle couverture, qui, avec celle de Gomorrhe, forment un ensemble cohérent, à défaut d'un ensemble harmonieux. Ainsi, l'éditeur pouvait vendre les deux ouvrages, comme une œuvre unique en deux volumes : Sodome et Gomorrhe.
Ce n’est pas encore Proust, mais cela montre tout de même que l’on pouvait présenter des ouvrages sous ces titres en scandalisant raisonnablement le public. A titre d’exemple, lors de la parution de l’ouvrage Sodome, Francisque Sarcey, un éminent critique de l’époque, lui a tout de même consacré un très long papier en première page du quotidien Le XIXe siècle, après avoir feint de se boucher le nez devant une telle littérature (lien vers l'article).
Ainsi munis de leurs belles (!) couvertures colorées, Henri d’Argis a pu faire présent de ces deux ouvrages à une des gloires littéraires de l’époque, Pierre Loti.
Le cadeau a dû suffisamment plaire à Pierre Loti pour qu’il les fasse relier dans une belle peau de chagrin rose. Encore qu’il n’y ait pas de certitudes que ce soit bien lui qui les ait fait couvrir ainsi. En effet, pour avoir vu récemment des ouvrages provenant de sa bibliothèque, ils étaient rarement aussi bien reliés, quand ils l’étaient. Il me plaît néanmoins de penser que c’est lui qui a pris ce soin. Les livres sont muets. Ils ne veulent pas nous dire quelles ont été leurs vies – le pluriel est de rigueur – avant d’arriver dans nos bibliothèques.
Si vous tapez « Henri d’Argis » sur Google, la première information est cette notice Wikipédia : « Alphonse Berty est un écrivain français, auteur de Sodome (1888) et de Gomorrhe (1889) sous le pseudonyme Henry d'Argis. » Disons d’abord qu’il s’agit de Henri et non de Henry, comme en témoignent non seulement son nom sur les pages de titre mais sa signature elle-même sur l’envoi à Pierre Loti. Partout sur Internet (je pense surtout à tous les sites qui mettent en vente des exemplaires de Sodome ou toutes les notices de maisons de ventes aux enchères), ces deux ouvrages sont attribués à cet Alphonse Berty. J’ai vainement cherché l’origine de cette information qui est abondamment répétée et qui, à force de répétition, a fini par devenir presque une vérité.
Pourtant, une recherche un peu plus approfondie permet de trouver un Henri d’Argis qui a existé sous ce nom-là, dont rien ne permet de penser qu’il n’est pas l’auteur de ces ouvrages. On le trouve dans l’entourage de Paul Verlaine. Jean-Jacques Lefrère, cet érudit malheureusement trop tôt disparu, dont la science est rarement mise en défaut, dit, dans sa publication de la correspondance d'Arthur Rimbaud :
Henri d'Argis de Guillerville, qui était né en 1864 à la Ferté-Gaucher, appartenait à une famille de noblesse de robe du XVIIe siècle. Il mourut à l'âge de trente-huit ans. Verlaine préfaça son roman Sodome, paru en 1888. Ferdinand Bac, dans son Journal de l'année 1919, à la date du 22 juillet, évoque le souvenir de D'Argis à l'occasion d'un déjeuner chez Philippe Berthelot : « Je parle d'un ami commun du Quartier Latin de 1880, un étrange bohème que Berthelot a beaucoup connu, d'Argis de Guillerville, un ami de Maurice Barrés, morphinomane, génie manqué, tapeur, poète, romancier, médecin, organiste, vivant avec Moréas et Verlaine. »
En réalité, il est mort à Paris à trente-deux ans et non trente-huit, le 19 août 1896. Il y a beaucoup d’autres renseignements que l’on peut trouver sur lui en cherchant. Mais ce n’est pas le propos de mon message.
Le mystère n’est donc pas de savoir qui est véritablement l’auteur de ces livres, car, de fait, il n’y a pas de mystère, mais d'où provient cette attribution à un obscur Alphonse Berty. En effet, lorsqu’on fait des recherches sur un éventuel auteur appelé Alphonse Berty, on ne trouve rien, sauf à le confondre avec l'écrivain et historien de Paris Adolphe Berty, mort en 1867, bien avant la parution de ces livres.
Depuis quelques temps, circule une pétition pour transférer les restes de Rimbaud et Verlaine au Panthéon.
A peine connue, cette idée m'a profondément déplu. Je l'ai même trouvé grotesque (le mot est peut-être un peu fort). Je n'arrive pas à imaginer Rimbaud dans cette espèce de temple froid et sans âme qu'est le Panthéon. D'ailleurs, je connais fort peu de monde qui soit allé le visiter. Je vous conseille de consulter la liste complète des personnes "panthéonisées", qui se trouve sur Wikipédia : cliquez-ici. Je vous demande ensuite d'imaginer Rimbaud à côté d'eux. L'incongruité de la chose apparaîtra immédiatement. Cela est aussi valable pour Verlaine, même si la chose me paraît inimaginable pour d'autres raisons.
De nombreuses personnes se sont déjà exprimées, en général en défaveur de cette idée. J'ai découvert récemment ce texte de Pierre Jourde, plein de verve et de mordant, qui me paraît dire tout ce qu'il y a à dire à ce sujet, avec plus de talent que j'en ai. Je vous conseille de le lire : cliquez-ici.
Je vous donne quelques liens où sont développées d'autres réflexions : ici et là.
Les deux poètes sont enterrés dans leurs caveaux familiaux : Rimbaud avec son ennemi et usurpateur, Paterne Berrichon. A Charleville, sa tombe « étriquée, avare » confirme que sa vie « lui a été volée », comme l’écrit Yves Bonnefoy.
Cet argument me semble faible. Je suis voisin d'un cimetière parisien où se trouvent tant de célébrités. Si tous ceux et celles qui ont mérité de la patrie et qui y sont enterrés (Berlioz, par exemple, mais aussi Lautréamont dont la tombe a disparu de ce cimetière) devaient être panthéonisés à cause de leur sépulture, je vous laisse imaginer...
Mais surtout, pour y être allé, cette tombe modeste et un peu bourgeoise me paraît mieux correspondre à Rimbaud, quoiqu'on en dise, qu'une tombe solennelle et "républicaine" au Panthéon, où, en plus, il deviendra difficile de la voir.
J'ai fait le pèlerinage il y a quelques années et je m'y suis fait photographier. Cela reste un beau souvenir d'un week-end rimbaldien à Charleville.
Pour ceux qui avancent comme argument les liens difficiles de Rimbaud avec sa famille, je vous renvoie à ce texte, fort méconnu, du journal de sa sœur Vitalie Rimbaud, dont j'ai parlé sur ce blog, en marge d'un message sur Patti Smith et Rimbaud. Savoir Rimbaud près de cette sœur est déjà en soi émouvant.
Pour être complet, je vous renvoie vers l'argumentation du principal instigateur de cette histoire : cliquez-ici.
Sans entrer dans la polémique, il y a tout de même un point qui me choque plus particulièrement dans ce texte. Expliquer que la part d'ombre de chacun ne doit pas être un frein à la reconnaissance et à la panthéonisation de Rimbaud et Verlaine, très bien. Écrire un article à charge et partial pour justifier la suppression d'une plaque d'hommage à Guy Hocquenghem sur son domicile parisien, pourquoi pas. Mais se targuer de l'un pour justifier l'autre montre au mieux un manque de cohérence intellectuelle et au pire une forme de malhonnêteté.
Pour ceux qui ne connaissent pas l'intérieur du Panthéon, et je sais qu'ils sont nombreux, cette image vous donne un bel aperçu de ce lieu chaleureux et intime :