dimanche 9 décembre 2018

Au gré de mes découvertes



Firmin Massot (1766-1849) : 
Portrait présumé du prince Paul Antoine III Esterházy
Présenté par la galerie Hubert Duchemin : voir notice.


Charles Malfray (1887-1940) :
La douleur d'Orphée dit " le Chant du Poète "
Modèle de 1914


Jean Jacques Feuchère (1807-1852) : Satan, l'Ange déchu 1833



dimanche 2 décembre 2018

Jeunesse, Julien Green, 1974

Partir à la recherche des beaux livres n'est pas seulement le plaisir de trouver un bel exemplaire. C'est aussi renouer avec tous ces textes que j'ai aimés et qui ont peu à peu construit la personne que je suis aujourd'hui. Dimanche dernier, j'ai fait l'acquisition d'un exemplaire de l'édition originale de Jeunesse, de Julien Green, dans une reliure soignée et surprenante, avec ce beau papier coloré sur les plats. Jeunesse, publié en 1974, forme avec Partir avant le jour, Mille chemins ouverts et Terre lointaine, l'autobiographie de Julien Green qui a ensuite été publiée sous le titre : Jeunes années.


En achetant de beaux exemplaires de ces livres que je présente sur ce site, c'est pour moi une façon de m'approprier ou me réapproprier des textes que j'ai aimés et que j'ai parfois oubliés. Au plaisir de trouver un bel exemplaire, qui est déjà en soi un but à cette quête, tant il est agréable d'avoir en mains le beau résultat du travail soigné d'un imprimeur et d'un relieur, il y a le plaisir encore plus indicible de matérialiser des sentiments, des impressions.  C'est en cela qu'une bibliothèque n'est pas seulement une collection de livres, mais une sorte de musée tangible, mais seulement pour moi, de ce que j'ai été et de ce que je suis. Et quand je reprends en mains ces livres, que je les touche dans leur matérialité, c'est comme si je donnais corps à ces sensations perdues qui m'avaient habité à la lecture de ces textes.

Ces souvenirs ravivés à l'occasion de l'acquisition de cet ouvrage peuvent aussi me revenir à la mémoire à la seule vue des livres de poche dans lesquels j'ai découvert ces belles pages de Julien Green. C'est ainsi que j'ai exhumé les deux modestes livres de poche que j'ai achetés à l'été 1985, comme l'atteste une note de ma main. Aussi curieux que cela puisse paraître à certains, ces deux couvertures sont, en elles-mêmes, partie intégrante du souvenir. N'ont-elles pas, par l'intelligence de leur choix, participé au plaisir que j'ai eu à lire ces livres et à la puissance du souvenir que j'en ai gardé ? Il s'agit de deux peintures de Paul Cézanne, la première représentant son fils Paul et la seconde les Baigneurs.





Autant que je m'en souvienne, j'ai lu ces deux tomes avec avidité, comme je lisais à l'époque. Je ne les ai pas rouverts depuis, mais je garde vivantes en moi les impressions que j'ai ressenties à l'époque. Le temps a passé, mais le souvenir reste présent.

Feuilletant l'ouvrage, j'ai trouvé ce passage, qui me restitue tellement ce que j'ai aimé lorsque j'ai lu ces pages il y a plus de 30 ans.
Un jour de printemps, une lettre m'arriva qui me fit battre le cœur à grands coups. Je la lus plusieurs fois dans ma chambre. Mark allait venir à Paris. Il comptait passer plusieurs mois en France et je pouvais m'attendre à le voir au début de juillet. J'eus l'impression subite qu'il était devant moi et que j'entendais sa voix en lisant les phrases de cette lettre. Sans doute porterait-il son costume marron et sa chemise assez largement ouverte pour laisser voir son cou rond, lisse et blanc. Le désordre qui se fit dans ma tête, je ne peux plus que l'imaginer, mais je me souviens qu'il me fallut du temps pour me remettre et que la journée se perdit en rêves.
A présent, j'étais sûr que je trouverais le courage de lui avouer mon amour. Il apportait une lumière dans ma vie. Désormais je ne courrais plus. Il me guérirait du vice, il me sauverait. Je lui écrivis une lettre, mais elle était délirante et je la mis de côté. Une autre plus calme, plus raisonnable, me parut froide et fut déchirée. Après une dizaine de brouillons, je produisis une page d'un ton cordial et viril que je jugeai idiote et qui partit néanmoins. Comment saurait-il que j'avais moulé l'adresse et particulièrement son nom avec un soin frénétique, si ces mots peuvent s'allier, et que j'avais porté l'enveloppe à ma bouche et à mon cœur plus de fois que je n'aurais osé dire ?
Il y avait, hélas ! une ombre sur tout cela. Mark ne venait pas seul. Je connaissais à peine son compagnon. Comment ferais-je pour l'éloigner? Je ne pouvais espérer qu'en mon étoile. Or, je croyais en elle avec force.

Ce style et ces sentiments un peu surannés avaient, à l'époque, une très grande force sur moi. Aujourd'hui, c'est avec émotion que je retrouve ces sentiments perdus. En relisant ces lignes, je me dis qu'il y a une forme de fidélité à soi-même à travers le temps. J'aime aussi que le hasard qui m'a fait croiser ce bel exemplaire de Jeunesse, soit pour moi l'occasion de rouvrir ces pages que je n'ai pas lues depuis cet été de ma propre jeunesse.

dimanche 25 novembre 2018

Photos glanées


GEORGE PLATT LYNES (1907-1955)
Henri Cartier-Bresson, with Bones.


 GEORGE PLATT LYNES (1907-1955)
Self-portrait with Chuck Howard


GEORGE PLATT LYNES (1907-1955)
Paul Cadmus Drawing Ralph McWilliams.


WILL MCBRIDE (1931-2015)
Mike in the shower, Salem (1962

dimanche 11 novembre 2018

Quelques ouvrages de la bibliothèque de Pierre Bergé

La prochaine vente de la bibliothèque de Pierre Bergé nous réserve encore quelques belles surprises. Aujourd'hui, je voudrais m'attarder sur les quelques ouvrages qui concernent plus particulièrement l'homosexualité. En effet, trois ouvrages appartiennent clairement à la culture gay : Corydon, d'André Gide, le Livre Blanc, de Jean Cocteau et Pompes Funèbres, de Jean Genet. Comme toujours dans cette bibliothèque, ce sont des ouvrages d'exception.

Le Corydon d'André Gide



L'exemplaire du Corydon est un des 12 (ou 22) exemplaires de la première édition non mise dans le commerce, qui a paru en 1911. Dans la préface de la 2e édition, en 1920, Gide affirme que les exemplaires « de ce premier tirage furent remisés dans un tiroir - d'où ils ne sont pas encore sortis. » C'est un de ceux-là qu'André Gide a offert en octobre 1945 à Pierre de Massot, un écrivain et une personnalité un peu oubliés aujourd'hui, dont j'ai eu l'occasion de parler à propos de son livre : Mon Corps, ce doux démon (cliquez-ici). Ce que ne dit pas la notice du catalogue Pierre Bergé est que Pierre de Massot a été le secrétaire d'André Gide.


Dans cette dédicace, André Gide parle d'une « première édition, incomplète ». En effet, « Le Corydon ne comprenait alors que les deux premiers dialogues, et le premier tiers du troisième. Le reste du livre n'était qu'ébauché. » Il a fallu attendre la deuxième édition de 1920, pour disposer du texte complet, en quatre dialogues. J'ai la chance de posséder un exemplaire de cette deuxième édition que je présente ici.

Lien vers la notice du catalogue de la vente Pierre Bergé : lot n° 925.

Le Livre Blanc de Jean Cocteau

Autre ouvrage majeur du dévoilement homosexuel, la première édition du Livre Blanc a aussi paru hors commerce, dans un tout petit tirage de 31 exemplaires. C'est un de ces exemplaires qui est présenté lors de cette vente, avec un beau et classique dessin de Jean Cocteau :


Il a été publié anonymement en 1928 :


On connait ces célèbres phases de début :
Au plus loin que je remonte et même à l'âge où l'esprit n'influence pas encore les sens, je trouve des traces de mon amour des garçons.
J'ai toujours aimé le sexe fort que je trouve légitime d'appeler le beau sexe. Mes malheurs sont venus d'une société qui condamne le rare comme un crime et nous oblige à réformer nos penchants.
Dans la notice du catalogue de la vente, il est rappelé cette anecdote qui lie l'histoire de Pierre Bergé à celle de cet ouvrage :
Dans un entretien avec Laure Adler filmé à l'occasion de la première vente de sa bibliothèque en 2015, Pierre Bergé rappelait que, jeune homme, il avait reçu par la poste à La Rochelle une copie manuscrite de la confession de Cocteau avec mission d'en exécuter à son tour d'autres et de les adresser à des personnes de son choix : « C'était comme une chaîne d'amitié qu'on vous demandait d'écrire. [...] J'ai réécrit le Livre blanc, à deux ou trois exemplaires, et je les ai envoyés à mon tour. C'est une chose que je ne peux pas oublier, cette chaîne amicale, qui était plus qu'amicale, dans ce cas-là, puisqu'il s’agissait d'une libération sexuelle. Ce faisant, on avait le sentiment d'accomplir un acte à la fois courageux et nécessaire. »
En ces années-là, il n'existait pas d'édition courante de ce texte. Il était introuvable et donc impossible à lire. C'est un beau témoignage de comment la subculture homosexuelle arrivait à braver les interdits ou l'opprobre.

C'est surtout la deuxième édition du Livre blanc, parue en 1930, qui est connue. Elle est illustrée par de beaux dessins de Jean Cocteau. De plus, elle a paru dans un tirage plus conséquent de 450 exemplaires, ce qui rendait le texte un peu plus accessible. J'ai décrit un exemplaire de cette deuxième édition ici.

Lien vers la notice du catalogue de la vente Pierre Bergé : lot n° 943.

Pompes funèbres, de Jean Genet

Enfin, le troisième ouvrage qui a retenu mon attention est le manuscrit de Pompes funèbres de Jean Genet, le « seul manuscrit autographe connu dans la continuité romanesque. ». C'est un témoignage sur la création romanesque chez Jean Genet, pour ce roman que le catalogue de la vente qualifie de « soleil noir de l'œuvre de Jean Genet. » C'est un texte difficile et âpre, puissant comme tous les textes de Jean Genet. De mon point de vue, il marque l'aboutissement ou le point limite de la démarche de Jean Genet. Dans mon appréciation du parcours littéraire de Jean Genet, je me suis arrêté avant. Il faut tout de même souligner le courage de l'éditeur pour avoir publié, même anonymement, ce texte dérangeant sur la fin de la guerre de 1940.


Jean Genet a lui-même noté : « Je certifie que le manuscrit de mon livre Pompes Funèbres est le seul existant. Il se compose de 7 cahiers. A Paris le 15 septembre 49. Jean Genet. »

L'histoire du manuscrit illustre un autre aspect de la subculture homosexuelle, celui des amateurs fortunés de livres et de garçons, en l'occurrence Jacques Guérin et Gérard de Berny que « le goût de la bibliophilie et des garçons réunissait. ». C'est ce dernier qui a fait magnifiquement relier ce manuscrit :


La vente contient aussi un exemplaire de la première édition de Pompes Funèbres, parue en 1947 « A Bikini, aux dépens de quelques amateurs  », autrement dit à Paris, chez Gallimard.


Lien vers les notices du catalogue de la vente Pierre Bergé : lot n° 948 et lot n° 949

Je n'ai jamais décrit l'exemplaire que je possède de la première édition. Il est aussi remarquable par sa belle reliure signée Tchékéroul :


Quelques autres lots

Au gré des 130 autres lots de cette vente, j'ai retenu ces 3 ouvrages :



L'édition originale de Salomé, d'Oscar Wilde, parue à Londres en 1893, avec un envoi à André Gide. Le catalogue rappelle la rencontre entre les deux hommes :
La rencontre d'Oscar Wilde fut, pour André Gide, capitale. Ils firent connaissance en novembre 1891: Wilde était alors âgé de 37 ans, Gide avait 22 ans. Le jeune homme fut fasciné: « L'esthète Oscar Wilde, ô admirable, admirable celui-là » confesse-t-il à Paul Valéry. Il porte peu après dans son Journal un jugement plus sévère: « Avec lui, j'avais désappris de penser. » Leur nouvelle rencontre en Algérie en 1895, dont Gide fit le récit dans Si le grain ne meurt, devait bouleverser la vie du romancier : grâce à Wilde qui joua le rôle d'entremetteur, Gide put devenir ce qu'il était. « Depuis, écrit-il plus tard, chaque fois que j'ai cherché le plaisir, ce fut courir après le souvenir de cette nuit. » (Oscar Wilde, Paris, Musée du Petit Palais, 2016, p. 229.)
Gide fut, avec Robert Ross, l'un des rares à rester fidèle à Oscar Wilde à la fin de sa vie. Après sa mort, il lui consacrera un livre poignant, paru au Mercure de France (1910): Oscar Wilde, in memoriam (Souvenirs).
Lien vers la notice du catalogue de la vente Pierre Bergé : lot n° 912.


L'édition originale des Nourritures terrestres, d'André Gide, 1897. Un livre capital, un peu oublié aujourd'hui, dont l'influence a été majeure. Si l'homosexualité n'est pas nommément citée, tout le discours de libération que porte ce texte peut être un appel à vivre sa sexualité.

Cet exemplaire porte un envoi à Paul Valéry.

Lien vers la notice du catalogue de la vente Pierre Bergé : lot n° 915.


L'édition originale de Du Côté de chez Swann, de Marcel Proust, 1913. En plus d'être le n° 1 du tirage de tête des 5 exemplaires sur Japon, ce qui rend cet exemplaire particulièrement exceptionnel est qu'il porte une longue dédicace de Marcel Proust à Lucien Daudet :


Transcription :
Mon cher petit vous êtes absent de ce livre : vous faites trop partie de mon cœur pour que je puisse jamais vous peindre objectivement, vous ne serez jamais un "personnage", vous êtes la meilleure part de l'auteur. Mais quand je pense que bien des années de ma vie ont été passées "du côté de chez Lucien", de la rue de Bellechasse, de Bourg-la-Reine, les mots "le Temps perdu" prennent pour moi bien des sens différents, bien tristes, bien beaux aussi. Puissions-nous un jour le "retrouver". D'ailleurs pour vous qui avez peint la pagode de Chanteloup et les roses de Pâques tout est retrouvé et sera éternellement gardé.
La notice du catalogue rappelle les liens d'amours, puis d'amitiés qui lièrent Proust et Lucien Daudet. Elle raconte aussi l'histoire de cet exemplaire, qui s'est trouvé un moment séparé de ce feuillet de dédicace, jusqu'à leur réunion dans la bibliothèque de Pierre Bergé.

Lien vers la notice du catalogue de la vente Pierre Bergé : lot n° 927.

jeudi 1 novembre 2018

Le neveu de Delacroix

J'ai découvert l’existence d'un neveu d'Eugène Delacroix, dont le portrait vient d'être vendu à New-York cette semaine :


La notice de la Gazette de Drouot donne quelques informations (qui sont essentiellement extraites de la notice en anglais : cliquez-ici) :
Ce fier jeune homme se trouve être le neveu d'Eugène Delacroix, Charles de Verninac. Fils unique de sa sœur Henriette de Verninac, connue des esthètes pour son portrait peint par Jacques-Louis David, conservé au Louvre, il est son cadet de seulement cinq ans. L'artiste a donc représenté pour le jeune Charles un grand frère et mentor davantage qu'un oncle. Les deux parents nourrissaient une très grande affection mutuelle. Ici, Delacroix l'a immortalisé durant l'hiver 1825-1826 dans une propriété d'Augerville appartenant à son cousin. Après des études de droit complétées à Paris, Charles intègre le corps diplomatique en 1829 et part pour diverses missions à travers le globe, de Malte au Chili. Sur les mers qui le ramènent en France en 1834, il contracte la fièvre jaune ; son bateau est mis en quarantaine au port de New York, où il rend son dernier souffle le 22 mai de cette même année. La douleur fut immense pour Delacroix qui, depuis la mort de sa sœur Henriette sept ans plus tôt, n'avait plus d'autre parent proche. Jusqu'à son propre décès en 1863, le peintre conservera trois portraits de son cher neveu, dont l'un accroché au-dessus de son lit. La présente version accompagnait Charles de Verninac à bord de sa dernière demeure ; elle est vendue avec l'ensemble de ses effets personnels pour payer son enterrement sur le port de New York, et n'a jamais, depuis lors, quitté les États-Unis. Aussi est-elle considérée comme la toute première peinture de Delacroix présente sur le sol américain.
Comme moi, vous avez lu : "le peintre conservera trois portraits de son cher neveu, dont l'un accroché au-dessus de son lit".

Il existe un mystère sur la sexualité de Delacroix. De cette mention et du plaisir qu'il semble avoir pris à photographier de belles plastiques masculines, je n'irais pas jusqu'à conclure sur une éventuelle homosexualité de Delacroix, comme le fait Michel Larivière en l'incluant dans son dictionnaire des homosexuels célèbres.

Dans son Journal (5 octobre 1855), Delacroix dit : « Je regarde avec passion et sans fatigue ces photographies d’après des hommes nus, ce poème admirable, ce corps humain sur lequel j’apprends à lire et dont la vue m’en dit plus que les inventions des écrivassiers. » J'avais consacré un message (cliquez-ici) à cette fascination de Dalacroix pour le corps masculin, à travers une série de photographies, dont j'extrais celle-ci :


Ce lien très fort entre Delacroix et son neveu me rappelle celui de Beethoven pour son neveu Karl, qui a fait l'objet d'un ouvrage que j'ai autrefois lu : Beethoven et sa famille, par Editha et Richard Sterba. Là-aussi, n'en tirons pas de conclusions. Soyons sensibles à cet attachement profond de Delacroix et Beethoven pour ces garçons dont ils se sentaient en même temps proches et responsables.

dimanche 14 octobre 2018

Ecce Homo, Le Caravage

Il se tient actuellement à Paris une belle exposition au musée Jacquemart-André : "Caravage à Rome, amis & ennemis". C'est la chance de pouvoir voir quelques Caravage dont on connaît les représentations, mais que l'on a difficilement l'occasion de voir en réalité, sauf à faire la tournée des musées du monde. C'est comme cela que nous est donné à voir un tableau, peu connu, représentant le Christ devant Ponce Pilate : Ecce Homo, un thème souvent traité dans l'iconographie religieuse. Peut-être avais-je déjà vu ce tableau (j'ai lu plusieurs livres sur le Caravage), mais je n'y avais pas prêté attention. Devant moi, malgré les mauvaises conditions de visite (des salles petites et une fréquentation à la limite du supportable), je suis resté ébloui devant ce tableau qui met en scène un Christ frêle et jeune (Le Caravage n'a pas représenté un homme de 33 ans, dans la force de l"âge comme le voudrait l'iconographie traditionnelle). Ce beau jeune homme exprime toute la fragilité de la beauté devant les forces obscures ou aveugles que représentent Ponce-Pilate, qui nous montre le Christ du doigt, et le soldat, un peu voyou, qui est prêt à le couvrir d'un manteau.


Dans cette exposition, le côté "voyou" du Caravage est largement mis en exergue, en rappelant ses bagarres, ses condamnations, ses exils, etc. En revanche, la sensualité du Caravage au moment de représenter le corps masculin est complètement occultée. Regarder ce tableau sans voir ce Christ avec le regard attendri du Caravage sur ce corps souffrant et beau, c'est manquer une part de la force de cette peinture.

lundi 8 octobre 2018

Un dessin d'Umberto Brunelleschi

Il s'est vendu récemment une édition de Phili, ou par-delà le bien et le mal, du célèbre et oublié Abel Hermant, dans une édition de 1921 illustrée par Umberto Brunelleschi.

L'exemplaire est complété d'une gouache originale :


Je n'ai fait de recherches ni sur Umberto Brunelleschi (on lit partout la même chose, c'est-à-dire le contenu de la notice Wikipédia), ni sur ce roman d'Abel Hermant. Est-il justifié de représenter ce Phili dans une pose aussi efféminée ? Je ne sais. Cette gouache m'a amusé. Je sais que, pour certains, une telle représentation d'un homosexuel est homophobe. J'assume.