dimanche 20 septembre 2009

"Henri III et ses mignons", Georges Brézol

Un message très érudit sur un blog de bibliophilie : Les Hermaphrodites, 1605. Une édition originale en question. est à l'origine du message de ce jour. Le message en question tente démêler les différentes versions originales de L'Ile des Hermaphrodites, ouvrage satirique sur la cour d'Henri III et sur les mœurs du dernier roi de la dynastie des Valois. Le titre frontispice illustre bien le propos :


L'ouvrage que je présente aujourd'hui est une étude historique de Georges Brézol, parue dans la collection "L'histoire licencieuse".


En deux grandes parties,
Mignons de couchette et Mignons potentats, l'auteur fait le portrait de la cour du roi Henri III (1551-1589) et des différents mignons qui ont eu une influence directe sur le roi. Comme on peut le comprendre, les mignons de couchette sont ceux qui ont une emprise sentimentale ou sensuelle sur le roi. Dans la suite du règne, ils prirent une influence grandissante sur les affaires du Royaume, ce qui les fait qualifier de "mignons potentats". Parmi les premiers, on peut citer Quélus, Maugiron, Livarot, Saint-Mesgrin. Parmi les seconds, les plus influents ont été Joyeuse et Epernon. L'intérêt de cet ouvrage est de reproduire de nombreux extraits d'ouvrages, dont L'Ile des Hermaphrodites, et de nombreux poèmes satiriques.

Je n'ai pas retrouvé ce quatrain de Ronsard dans cet ouvrage, mais il nous décrit un Henri III visiblement très actif :
"Le roi comme l’on dit, accole, baise et lèche
De ses poupins mignons le teint frais, nuit et jour;
Eux pour avoir argent, lui prêtent tour à tour
Leurs fessiers rebondis et endurent la brèche."

Un beau et séduisant portrait d'Henri III (Musée Condé, Chantilly) :


J'ai hésité à parler de cet ouvrage car il est fortement homophobe, liant la faiblesse politique et la déchéance morale à l'homosexualité du roi, voire à attribuer à cette homosexualité tous les malheurs de ce règne qui s'est déroulé dans une des périodes les plus difficiles de l'histoire de France, les guerres de Religion. Je suis toujours étonné de voir un auteur consacrer son temps à un thème qui semble par ailleurs lui répugner. C'est pourtant ce que fait Georges Brézol. Mystère de la nature humaine !

L'homosexualité d'Henri III reste discutée. Souvent considérée comme un fait acquis, même si on connaît des aventures féminines à ce roi, elle est aujourd'hui remise en cause, comme dans la notice consacrée à ce roi sur Wikipédia : Henri III. Je n'ai pas les moyens d'avoir une opinion sur ce chapitre de la vie privée d'Henri III, mais je suis toujours un peu surpris de voir l'énergie déployée par certains (comme l'auteur de la notice Wikipédia) pour nier l'homosexualité d'un homme célèbre. Cela est-il encore si dérangeant ? Cela me rappelle les efforts presque naïfs pour nous faire croire que Cambacérès et Jean Lorrain n'étaient pas homosexuels dans les biographies qui leur ont été consacrées par respectivement Laurence Chatel de Brancion et Thibaut d'Anthonay. L'existence de relations féminines, parfois de simples amitiés, leur semble, comme dans le cas d'Henri III, suffisant pour nier l'homosexualité.

Le catalogue de la BNF donne ces quelques informations sur Georges Brézol (Nouzonville (Ardennes) 15/12/1881 – Paris 1913) : auteur de nouvelles et romans souvent publiés dans le supplément illustré du "Petit journal" et les journaux et publications pour la jeunesse des éditions Offenstadt.


Description de l'ouvrage et de l'exemplaire :

Georges Brézol
L'histoire licencieuse. Henri III et ses mignons.
Paris, Les Editions des Bibliophiles, s.d., in-8° (188 x 140 mm), [4]-II-245-[2] pp., portrait-frontispice d'Henri III et 41 illustrations en noir et blanc dans le texte.


Demi chagrin rouge à coins, dos à nerfs, tête dorée (reliure signée Janssens), couvertures et dos conservés.


Cet exemplaire provient de la 6ème et dernière vente du fonds de la librairie Berès, les 17 et 18 décembre 2007, faisant partie du lot n° 649.

L'ouvrage est sans date. Le catalogue de la vente Berès donne 1920. Des indications trouvées sur Internet donnent 1911 ou 1912.

Il n'existe pas d'exemplaire à la BNF. Il n'y a que deux exemplaires dans les bibliothèques publiques (CCFr) : Tours et Lyon, dans le fameux fonds Lacassagne, un des fonds les plus riches sur l'homosexualité dans les bibliothèques publiques.

samedi 29 août 2009

Ernest Hébert

Ce n'est pas de livres, ni de bibliophilie dont je souhaite vous parler aujourd'hui, au moment de reprendre mon activité. J'ai découvert cet été un peintre grenoblois, Ernest Hébert (1817-1908) qui a partagé son activité entre l'Italie (il a été directeur de la Villa Médicis deux fois en 1867-1873 et 1885-1890), Paris (il avait un atelier au 55 boulevard de Rochechouart) et La Tronche, près de Grenoble, où il possédait une belle propriété qui est aujourd'hui le Musée Hébert.

A la découverte de ce peintre, j'ai été "attrapé" par trois peintures. La première est une composition néo-classique, dans l'esprit de David et d'Ingres : La coupe de Joseph retrouvée dans le sac de Benjalin.

Ce tableau lui a permis de remporter le prix de Rome en 1839 et de faire une séjour de 5 ans à la villa Médicis à Rome (1840-1845), sous le directorat d'Ingres.

Je vous laisse admirer ces deux hommes, à des âges différents de la vie.



Un des devoirs du pensionnaire de la villa Médicis était de réaliser des travaux appelés envois. Décidément, notre peintre se sentait toujours inspiré par le corps masculin, dans ces deux représentations d'esclave :

Un esclave médite sur le tombeau d'un citoyen (1841) :


Esclave endormi sous le portique d'un temple (1842) :


Ensuite, son œuvre a pris une autre direction et le corps masculin, et plus généralement les hommes, son absents de sa peinture.

Pour finir, un portrait du peintre adolescent (16 ans) par Benjamin Rolland :


Pour ceux qui veulent aller plus loin sur ce peintre aujourd'hui un peu délaissé, il y a qu'une courte notice wkipédia : Ernest_Hébert et le site du Musée Hébert à la Tronche. Sinon, il faut se reporter à sa biographie, sous la direction de Laurence Huault-Nesme, publiée par le Musée Hébert : Ernest Hébert, entre Romantisme et Symbolisme, 2003.

samedi 25 juillet 2009

"Pédérastie active", de P. D. Rast

L'ouvrage de ce jour est particulièrement rare. Il a paru sous le pseudonyme de P. D. Rast en 1907.


C'est un récit érotique où l'auteur raconte ses propres exploits sexuels avec des jeunes gens. Il donne aussi la parole à certains de ses partenaires, prétexte à raconter leurs initiations aux amours masculines, mais aussi aux amours féminines. Le ton est très libre, voire très cru. La première partie est consacrée aux "amours" de l'auteur avec le jeune Albert "ce petit cochon de quinze ans". La deuxième partie est le récit par lui-même de la vie sexuelle de Thomas, frère d'Albert. Ce récit est l'occasion de décrire l'initiation sexuelle, tant avec des hommes qu'avec des femmes, d'une jeune garçon d'un milieu populaire à la campagne.

L'auteur associe volontiers un style un peu précieux et apprêté à une très grande liberté de ton. Par exemple (p. 30) : "le centre des plaisirs vénériens, certaine protubérance qui, en vertu de la communication des idiomes, produit en moi son immédiate répercussion. Cette protubérance, ai-je besoin de le dire, c'était la bite d'Albert".

L'introduction est un hymne aux amours masculines. Elle commence par : "Ce volume, des plus intéressants, a sa place dans toutes les bibliothèques : l'instituteur le donnera en prix à ses jeunes élèves; le curé en fera sa récompense du catéchisme de première communion." L'ouvrage reproduit un schéma homosexuel très classique à l'époque : un homme aisé, de bonne éducation, vit ses relations homosexuelles avec des jeunes garçons de milieu populaire.

Ce texte a été réédité dans la collection des
Cahiers Gai Kitsch Camp, n° 18, 1993, choix et présentation Patrick Cardon, avec 2 hors textes de Paul-Emile Bécat.

Dans son introduction, P. Cardon met bien en évidence que cet ouvrage décrit une sexualité populaire "proche de la nature" : "la vie sexuelle du prolétariat des campagnes".; monde où les frontières entre homosexualité et hétérosexualité n'étaient pas figées et étiquetées, mais où, on contraire "on aime les femmes mais on a du plaisir avec les hommes".


En notes page 133 et la dernière page, p. 163, l'auteur annonce un 2ème volume à paraître prochainement (deux ou trois mois après celui-ci). Il n'existe pas à la BNF d'autres ouvrages de cet auteur. Faut-il le rapprocher de
Pédérastie passive, mémoire d'un enculé, de L. B., paru vers 1911 ? P. Cardon, qui a aussi réédité ce dernier ouvrage dans la collection Cahiers Gai Kitsch Camp, n° 20, ne le pense pas. Il relève une grande différence de style et de mise en scène. Si elle existe, cette suite n'a donc pas été trouvée.


Description de l'ouvrage

London-Paris, Société des bibliophiles, 1907, in-8° (200 x 130 mm), 163 pp, couvertures muettes rempliées.

Imprimé sur un beau papier vergé, probablement des papèteries d'Arches. La typographie est soignée. Le texte est orné d'un encadrement de rinceaux rouges.


Le prix de l'ouvrage était 50 frcs (indiqué au dos du livre), ce qui représente 160 € (1 050 Frcs) de 2002, soit plus cher que le prix auquel je l'ai acheté à cette date : 115 €.

Dans les bibliothèques publiques, il n'existe qu'un seul exemplaire à la BNF : Enfer-1232.

samedi 4 juillet 2009

"Manuel d'érotologie classique (De Figuris Veneris)", de F.-K. Forberg, illustré par Paul Avril

L'ouvrage que je présente n'est pas à proprement parler une étude sur l'homosexualité masculine, mais une part importante lui est consacrée, d'une façon que je trouve favorable et, d'un certain point de vue, plaisante.


Friedrich-Karl Forberg (1770-1848), philosophe allemand, s'est détourné de la philosophie pour se consacrer à l'édition d'un recueil de textes érotiques du XVe siècle, l’
Hermaphroditus, par Antonio Beccadelli, dit « Le Palermitain ». Il a souhaité accompagné cette réédition d'un corpus de notes permettant d'illustrer et d'éclairer le sens des mots latins et grecs. Pour cela, il a compilé plus de 150 ouvrages et retenu 500 extraits. L'objet est de "donner quelques satisfactions aux exigences de ceux que souvent embarrassent" les termes et expressions érotiques latines et grecques. C'est donc un travail philologique, qu'il présente en respectant les règles de l'érudition universitaire, qui a paru en 1824 à Cobourg. L'ouvrage se présente en deux parties : la traduction de l'Hermaphroditus, suivie des notes explicatives sous le titre d'Apophoreta.

Alcide Bonneau entreprit de traduire la deuxième partie en 1882 et le fit publier par Isidore Liseux sous le titre :
Manuel d’Érotologie classique (De figuris Veneris). Texte latin et traduction littérale par le traducteur des Dialogues de Luisa Sigea Alcide Bonneau. Paris : Isidore Liseux, 1882. 2 vol. in-8°, XVI-240 pp. et [2]-240 p. (Musée secret du Bibliophile, N° 3). Tiré à 100 exemplaires.

Le contenu de l'ouvrage est le suivant :
Chapitre Ier. De la futution. Il s'agit de "l'œuvre qui s'accomplit au moyen de la mentule introduite dans la vulve".
Chapitre II. De la pédication. "Maintenant parlons d'un autre genre de plaisir : celui que prend la mentule au moyen de l'anus".
Chapitre III. De l'irrumation. "Mettre dans la bouche le membre en érection s'appelle irrumer."
Chapitre IV. De la masturbation.
Chapitre V. Des cunnilinges.
Chapitre VI. Des tribades.
Chapitre VII. Du coït avec les bêtes.
Chapitre VIII. Des postures spintriennes. "Il arrive pourtant que plus de deux personnes, trois et même davantage, peuvent jouir ensemble; c'est ce que nous appelons, d'après Tibère, le genre spintrien".
Enumération des postures érotiques. 90 postures !

C'est dans le chapitre
De la pédication que Forberg décrit les différentes formes de jouissances homosexuelles. Passant rapidement sur le rôle actif, dont le plaisir est "facilement compréhensible", il s'interroge sur le plaisir passif, avouant : "c'est plus difficile à comprendre, du moins à ma faible intelligence, car je suis tout à fait étranger aux pratiques de ce genre."...
Cependant, fidèle à sa méthode, il rapporte de nombreux extraits de textes anciens (latins et grecs) tendant à démontrer que le rôle passif est aussi source de plaisir. Ce qui frappe dans cet ouvrage est le ton détaché, où toute considération morale est absente. Cela en fait donc un des premiers textes qui s'intéresse au plaisir homosexuel, dans une conception presque scientifique, avec le charme supplémentaire des textes anciens dont Forberg relève lui même "la simplicité libre et les plaisanteries pleines de sel des Anciens". Pour finir, dans son introduction, il se défend d'avoir voulu écrire cet ouvrage pour faire part du "résultat d'expériences personnelles", voire "d'essais nouvellement tentés", puisque, il se décrit comme "plongé tout entier dans les livres, nous ne sortons pas des livres; à peine fréquentons-nous les hommes"...

Une nouvelle édition de ce texte a été donnée en 1906 par Charles Hirsch avec un frontispice et 19 gravures d'après des dessins de Paul Avril. Je viens d'acheter un tirage à part des gravures, en couleurs. Chaque gravure est accompagnée d'une serpente qui porte un extrait du texte qu'elle illustre. Le frontispice présente un portrait de Forberg, accompagné d'une femme nue et d'un faune "en splendeur".


Ensuite, les trois gravures représentant des scènes homosexuelles masculines sont, avec le texte qu'elles illustrent :

Planche VII :
"Il perdit, durant sa navigation sur le Nil, son cher Antinoüs, dont il pleura la mort comme une femme. Divers bruits courent sur cet Antinoüs, les uns affirmant qu'il s'était dévoué pour Adrien, les autres s'en référant à ce qu'indiquent sa beauté de formes et le plaisir excessif qu'Adrien éprouvait près de lui."
Spartien,
Adrien (chap. 14).

Planche VIII :
Platon, dans le
Banquet fait intervenir Alcibiade, qui se souvient, pour me servir des expressions de Cornélius Népos, "d'avoir passé une nuit avec Socrate".
Platon,
Alcibiade (chap. 2).

On remarquera au deuxième plan la fontaine aux deux jets convergents...

Planche XVIII :
"Dans sa retraite de Caprée, il imagina même d'avoir une sellaria, théâtre de ses secrètes débauches, dans laquelle des groupes choisis de jeunes filles et d'exolètes, inventeurs d'accouplements monstrueux, et qu'il appelait des spintries, formant entre eux une triple chaine, se souillaient mutuellement devant lui, pour ranimer par ce spectacle ses désirs languissants."
Suétone,
Tibère (chap. 43).


Il faut se reporter au chapitre sur la pédication pour savoir ce qu'est un exolète : il s'agit d'un homme adulte qui se fait "pédiquer", ce qu'il appelle aussi le patient.


Description des ouvrages et des exemplaires :

L'exemplaire que je possède est une réédition de 1932, tiré à 500 exemplaires réservés pour les souscripteurs sur un beau papier vergé :
Manuel d'érotologie classique (De figuris Veneris). Texte intégral traduit du latin par Alcide Bonneau
Paris, Imprimé pour René Bonnel, 1932, in-8° (230 x 142 mm), 223-[2] pp, couvertures rempliées.


René Bonnel a donné trois rééditions de ce texte, en 1931, 1932 (cette édition) et 1933. L'édition de 1932 est inconnue du CCFr.

Pour les illustrations, la description est la suivante :
Suite complète de Vingt Gravures en Taille-douce pour illustrer le Manuel d'érotologie classique de J.-K. Forberg.
Paris, s.n., 1906, vingt gravures en couleurs (212 x 281 mm), chacune accompagnée d'une serpente avec légende, le tout dans une chemise aux plats cartonnés. La couverture porte le titre.



Sur Frierich-Karl Forberg, on peut consulter utilement la notice Wikipedia, très complète, qui reprend des informations d'Alcide Bonneau.
Autres notice Wikipédia :
Alcide Bonneau
Paul Avril

dimanche 10 mai 2009

"Les funérailles d'Adonis", Marcel Jouhandeau, 1948

Nouveau texte de Marcel Jouhandeau : une nouvelle pleine de sensibilité sur l'hommage rendu par un homme solitaire à un jeune homme de 20 ans.


Cet homme, le baron de Taillefer, mystérieusement disparu alors qu'il avait 16 ans, revient au château de famille, provoquant la curiosité de tout le village. En 1914, au début de la guerre, il reçoit plusieurs fois un jeune militaire d'à peine 20 ans : "on prêtait volontiers au couple éphémère qu'ils formaient si intime, allègre un moment, de si près menacé, je ne sais quel charme".

Quant ce jeune homme, le narrateur voit : "le rythme léger du pas de l'éphèbe, sa sveltesse, la beauté d'un profil aussitôt perdu, la grâce d'un geste évanoui".

Le jeune home meurt et ses funérailles voient accourir tous les corps constitués et les notabilités locales, en hommage à la notoriété du baron, malgré l'énigme qui entoure cet homme et le décédé. Seul le narrateur voit la vérité : "je ne crus plus du tout assister à une messe, mais dans un pays lointain, à une époque incertaine, au funérailles mêmes d'Adonis". Et le narrateur de remarquer : "Faire servir ainsi tout un monde à l'apothéose de ce qu'il ignore ou réprouve, quel dessein digne du Diable !"

On sent toute la jubilation de Jouhandeau, se délectant du "scandale" des mœurs réprouvés dans ce petit monde confiné de la province et de sa bourgeoisie. Et quel plaisir de penser que tous ces bourgeois se sentent obligés de participer aux funérailles d'un beau jeune homme aimé ! On l'imagine en rire sous cape.

Ce texte a été publié par Jean-Gabriel Daragnès, qui l'a illustré de deux eaux-fortes.




Cette nouvelle a aussi été publiée dans la revue de la NRF de mai 1953. Elle a été reprise dans un recueil de contes :
Contes d'enfer
Paris, Gallimard, [1955], 217 pp.
qui contient 3 contes :
- Ximénès Malinjoude
- Don Juan
- Les funérailles d'Adonis

Adonis, fils de Myrrha et de son propre père, Cinyras, roi de Paphos, à Chypre est célèbre pour sa beauté.

Marcel Jouhandeau a semé son texte d'allusion. Il cite Anacréon, poète grec, qui a vécu au VIe siècle avant J.-C. Tous ses poèmes chantaient le vin et surtout l'amour. Il aussi bien chanté l'amour des femmes que celui des hommes. Théocrite, dans ses épigrammes, le présente comme homosexuel. Hérodote le confirme dans son Enquête et Pausanias en fait de même dans sa Description de Grèce. Ces quelques vers pourraient nous le confirmer :
"Sur tes cuisses charmantes, sur tes cuisses incendiaires
Place un membre délicat qui aspire déjà à l'amour
O garçon au regard de Vierge je suis fou de toi et tu ne me vois pas
Ne sais-tu donc pas que dans ta main c'est mon cœur entier qui frémit ?"



Description de l'ouvrage et de l'exemplaire

Les funérailles d'Adonis
Paris, L'originale, s.d. (1948), in-8° (238r x 184 mm), 29-[7] pp, deux eaux-fortes dans le texte.

La description de l'ouvrage est la suivante :
- 2 feuillets blancs (inclus dans la pagination)
- Faux-titre (p. 5)
- Une gravure sur cuivre à pleine page en frontispice, avec serpente (p. 6)
- Titre (p. 7)
- Page blanche (p. 8)
- Texte, avec une gravure sur cuivre au début du texte (p. 9). Le texte couvre les pages 9 à 29.
- Page blanche (p. 30, non chiffrée)
- Justification du tirage (p. 31, non chiffrée)
- Une page et 2 feuillets blancs (pp. 32 à 36, non chiffrées)



Tirage : 70 exemplaires numérotés :
- 10 exemplaires sur vélin pur fil d'Arches, de 1 à 10, avec suite des gravures sur papier ancien
- 60 exemplaires sur vélin de Rives, de 11 à 70
Quelques exemplaires de collaborateurs, tous signés par l'éditeur.
Cet exemplaire est le n° 18

L'impression est datée du 15 décembre 1948.

La justification porte un dessin, où l'on peut reconnaître les initiales J.G. D, dans un cœur (le cœur fleuri) avec la devise : "Insita Cruce Cor Floret". L'éditeur de cet ouvrage est Jean-Gabriel Daragnès lui-même.

Exemplaire relié par René Desmules :
Demi box noir à bandes, dos lisse, tranche de tête dorée.

René Desmules a exercé de 1941 à 1975. Il était considéré comme l'un des plus habiles relieurs de son temps. Il travailla à façon pour les plus grands décorateurs : Rose Adler, Anthoine-Legrain, Paul Bonet, Creuzevault, Madeleine Gras, Georges Leroux.
"René Desmules was born in 1909 and was apprenticed first to Noulhac and then to Maylander and went on to work for Pierre-Legrain, Gruel and Marot-Rodde. He established his own bindery in 1941 and was a favourite forwarder for designers including Rose Adler, Anthoine-Legrain, Paul Bonet, Bonfils, Creuzevault, Madelaine Gras, Georges Leroux, Thérèse Moncey and Pierre-Lucien Martin. He carried on working until 1975 and died in 1978."

Quelques liens :
Jean-Gabriel Daragnès
Adonis

samedi 18 avril 2009

"L'Ecole des Garçons", de Marcel Jouhandeau, 1953

Roman épistolaire sur l'amour entre Marcel Jouhandeau et Robert C.



Robert Coquet, militaire, clarinettiste dans l'orchestre du Train, né à Troyes en 1928, rencontre Marcel Jouhandeau et Elise dans le train d'Avignon en avril 1948. Commence alors une histoire d'amour entre cet homme de 60 ans et ce jeune homme de 20 ans. De l'aveu de Marcel Jouhandeau, ce fut sa plus grande passion. Avec des hauts et des bas, cet amour dura une dizaine d'années. Il inspira deux livres à Marcel Jouhandeau : L'Ecole des Garçons, paru en 1953 et Du Pur Amour, en 1955.


Dans son envoi à la BNF, Marcel Jouhandeau présente son ouvrage : "ce livre dont je ne suis pas l'auteur, mais l'âme". En effet, il s'agit d'un recueil de lettres de "Robert à Marcel" et de "Henri à Marcel", écrites par Robert Coquet et Henri Rode à Marcel Jouhandeau entre le 10 avril 1948 et le 8 juillet 1950. Henri Rode (1917-2004) est un personnage un peu trouble, intrigant, qui s'introduisit dans la vie de Marcel Jouhandeau et Elise à cette même époque. D'aucuns affirment qu'il est l'auteur des lettres de Robert, laissant croire à Jouhandeau que son amant se cultive et s'améliore à son contact, comme le dit la préface : "le véritable intérêt du livre, c'est qu'il permet de suivre page à page les progrès du style de Robert et de constater qu'ils sont parallèles à ceux du sentiment". Marcel Jouhandeau était-il dupe ? Il cantonne Henri Rode au "rôle du récitant ou de l'historien dans un oratorio".

Ce livre, au charme un peu suranné, n'a pas la puissance des autres ouvrages de Marcel Jouhandeau consacrés à l'homosexualité, terme qu'il n'utilisait pas. Par certains aspects, il ressemble plus à un exercice de style qu'à un vrai roman d'amour. Marcel Jouhandeau, dont la prose est totalement absente de cet ouvrage, laisse deviner sa passion pour Robert par l'écho que l'on en trouve, comme en creux, dans les lettres de Robert et Henri.

Quelques références bibliographiques :
- Marcel Jouhandeau, son œuvre et ses personnages, d'Henri Rode : pp. 56-58.
- Marcel Jouhandeau, Le diable de Chaminadour, de Jacques Roussillat : pp. 280-282, sur l'amour de Jouhandeau pour Robert C. et pp. 285-286, sur L'Ecole des Garçons.
Une page d'hommage à Henri Rode : www.didiermansuy.com/hommage.php et des extraits d'un "Roman Jouhandeau" de Didier Mansuy, non publié, sur le trio Marcel Jouhandeau, Henri Rode et Robert Coquet : www.didiermansuy.com/futur.php. Le premier chapitre donne des renseignements intéressants sur la rencontre entre Marcel Jouhandeau, Henri Rode, puis Robert Coquet.


Description de l'ouvrage et de l'exemplaire :

L'Ecole des Garçons

Paris, Marcel Sautier, 1953, in-12 (170 x 110 mm), 322-[3] pp.

Tirage : 605 exemplaires :
- 50 exemplaires sur Japon M. S. J numérotés de 1 à 50
- 500 exemplaires sur Hollande Pannekoek numérotés de 51 à 550
- 5 exemplaires hors commerce sur Japon M. S. J numérotés I à V
- 50 exemplaires hors commerce sur Hollande Pannekoek numérotés de VI à LV


Cet exemplaire est nominatif, imprimé pour le Colonel Daniel Sickles, sur Japon, sans numéro. Il contient un envoi de Marcel Jouhandeau au faux titre :


Le colonel Daniel Sickles (1900-1988), d'origine américaine, est un bibliophile français qui a rassemblé une collection incomparable consacrée à la littérature française des XIXe et XXe siècles. La dispersion de cette collection a nécessité 21 ventes aux enchères, de 1989 à 1997, réunissant 10 360 ouvrages. Nous ne savons pas si cet exemplaire a fait partie de l'une de ces ventes.

La BNF possède deux exemplaires :
- Ex. n° 91 sur hollande. Envoi autographe signé de l'auteur à la Bibliothèque nationale, daté du 17 nov. 1955 (RES 16-LN27-85866)
- Ex. n° 43. Joint : photographie représentant Henri Rode et Robert C. Prov. : Pierre-André Benoit (don) (RES 8-Z PAB JOUHANDEAU-217)


L'ouvrage de Jacques Roussillat sur Marcel Jouhandeau a le mérite d'être la seule biographie existante. Elle est particulièrement bien documentée.



Il faut malheureusement dire que l'homosexualité de Marcel Jouhandeau semble mettre mal à l'aise notre biographe. Comme il faut bien traiter ce sujet, il lui consacre un chapitre :
XII Jouhandeau et les garçons (pp. 273-290). Les premières phrases disent déjà les réticences de l'auteur : "L'homosexualité de Jouhandeau doit être abordée. Pourquoi ? Mais parce qu'il en parle ouvertement dans ses livres à partir de 1939. Trop." . Le ton est donné. La suite est à l'avenant. Les lieux communs abondent : "Jouhandeau, comme la grande majorité des homosexuels, a un appétit hors du commun". "De l'importance du phallus chez l'homosexuel", etc. etc. Moi qui est découvert Jouhandeau par ses écrits secrets et qui considère que Tirésias est un des plus beaux livres sur l'amour homosexuel, j'ai été choqué par ces jugements condescendants :
Sur
Tirésias : "On peut comprendre que des homosexuels apprécient. Il est des homosexuels que ces textes lassent".
Après avoir parlé des
Ecrits secrets, réédités par Arlea, il poursuit par : "Revenons au bon goût" (sic, comme l'on dit lorsque on n'en croit pas ses yeux devant tant de bêtise).

samedi 4 avril 2009

Histoire de dom B***, portier des Chartreux, écrite par lui-même

Lors de mes lectures matinales des catalogues de ventes aux enchères, j'ai trouvé cette notice consacrée à un grand classique de la littérature érotique du XVIIIe siècle, un "Curiosa" : Histoire de dom B***, portier des Chartreux, écrite par lui-même, paru en 1741. L'auteur en serait Jean-Charles Gervaise de Latouche, avocat au Parlement de Paris.

Voici une photo de la notice. Malgré la mauvaise qualité de la figure reproduite, je laisse les lecteurs deviner ce qui est en train de se passer au premier plan...

Pour l'agrandir, il suffit de cliquer dessus.