dimanche 21 juillet 2019

Champs d'amours

L'Hôtel de Ville de Paris abrite jusqu'au 28 septembre une très belle et très riche exposition sur le cinéma LGBT. Ce sont 100 ans de cinéma qui sont retracés depuis le film pionnier, Autre que les Autres, tourné en 1919, jusqu'à aujourd'hui.

Je conseille à tous ceux qui ont  l'occasion de passer à Paris cet été d'y aller. Si vous connaissez mal le cinéma LGBT, c'est un panorama complet, qui nous est proposé, sans partie pris, ni impasses. Si, comme moi, vous pensez bien connaître ce cinéma, c'est l'occasion de redécouvrir des films oubliés ou de découvrir des films qui ont échappé à votre vigilance. Cela est d'autant plus vrai que la production a notablement augmenté depuis les années 2000, rendant difficile la possibilité de suivre l'actualité de ce cinéma. Pour donner un exemple, c'est comme cela que dans la section Toutes les amours du monde, j'ai découvert un film guinéen sur une histoire d'amour entre 2 garçons, dont on peut visionner un extrait.


Mon objectif  n'est pas de décrire précisément le contenu de l'exposition. Elle fait l'objet de nombreuses présentations sur le Net.

Ce que je souhaite partager est que cette exposition a été pour moi un parcours personnel et intime dans ma propre vie. Comme beaucoup de gays de mon âge, le cinéma a été une des clés qui m'a ouvert l'univers homosexuel. On finit par l'oublier. Les chemins de la découverte de soi, de sa propre sexualité et de sa sensibilité amoureuses passaient souvent par la littérature et le film, cela était autant plus vrai quand une certaine timidité fermait d'autres voies.



En photographiant cette affiche de Querelle, je veux me rappeler et partager le souvenir de mon premier film "gay". Sorti en septembre 1982 en France, je l'ai vu soit à la fin de l'année 1982 soit au début de l'année 1983. Je n'avais pas 20 ans. Je venais d'arriver à Paris, pour y suivre mes études d'ingénieur. Je suis allé le voir dans un cinéma de l'avenue de la Grande-Armée, disparu depuis longtemps. Je me souviens qu'en y allant, j'avais l'impression de faire quelques chose d’important pour moi, une forme d'affirmation, aussi modeste soit-elle. Cela a été une étape. Depuis, je garde une reconnaissance pour ce film, très subjective, car, si je le voyais sans ce prisme, son côté baroque et flamboyant, son hyper-stylisation sont aux antipodes de ce qui m'émeut généralement.


L'autre jalon est l'Homme blessé de Patrice Chéreau, sorti quelques mois après. Je ne me souviens plus ni quand ni où je l'ai vu. Ce qui est certain est que je l'ai découvert à sa sortie. Ce film m'a profondément et durablement marqué, plus que Querelle. Je sais qu'il a été critiqué. Je sais que la vision de l'homosexualité qu'il donne est noire et très datée. Mais ce qui m'importe ici est la vision, beaucoup plus lumineuse pour moi, que j'ai gardée de cet homosexuel joué par Jean-Hugues Anglade, dont la beauté et la quête m'ont hanté. Cela peu paraître anecdotique, mais certaines scènes ont été tournées à la gare des Brotteaux, à Lyon, qui, pendant mes deux années de classes préparatoires au lycée du Parc, faisaient partie de mon quotidien. Le fait que des lieux de mon quotidien se retrouvent dans ce film donnait une sorte de légitimité à mon homosexualité. Ces lieux de mon univers familier se trouvaient aussi être ceux de Jean-Hugues Anglade, l'Homme blessé.

Autre film, seulement évoqué par une affiche :  Ludwig - Le Crépuscule des Dieux, belle affiche dont j'ai un exemplaire. J'ai vu ce film avec mon frère, dans un cinéma de Lyon, lorsque la version longue est ressortie dans les années 80 (je n'ai pas retrouvé la date exacte).

J'ai photographié ce panneau :


Ce sont tous des films que j'ai aimés : Beautiful Thing, Ma Vie en rose (un film un peu oublié, me semble-t-il, alors qu'il est si beau et si sensible), Les Roseaux sauvages (s'il fallait que je dise quel est le plus beau film gay, je dirais indubitablement que c'est celui-ci). On voit, sur le bandeau du dessous, Mullholland Drive (que j'ai aimé pour sa construction en ruban de Möbius), The talented Mr Ripley et, enfin, Dans le jardin du bien et du mal. Peut-être n'est-ce pas un hasard si tous ces films sont sortis entre 1994 et 2001. Mais, cela est une autre histoire.

Je finis avec ces deux photos de l'extrait de My Own Private Idhao, de Gus Van Sant, même si je pense que Mala Noche (sauf erreur de ma part, absent de l'expo), découvert lorsque je vivais en Espagne, ou Elephant, sont, avec le recul du temps, supérieurs au film le plus cité de Gus Van Sant.



Sur ce blog, tout se termine par des livres. C'est pour cela que je rappelle que la "bible" sur le cinéma homosexuel est ce livre de Didier Roth-Bettoni, un des co-commissaires de l'exposition, livre de plus de 700 pages que j'ai lu de la première à la dernière page au moment de sa parution.


J'ai aussi retrouvé dans ma bibliothèque ce livre, qui est le premier paru au France sur l'homosexualité au cinéma. Il est un peu oublié, car dépassé par des livres comme celui de Didier Roth-Bettoni, mais il doit rester dans les mémoires comme tous les travaux pionniers :

L'Homosexualité à l'écran, Bertrand Philbert, 1984
Je remercie Jean-Yves, du blog Culture et Débats de m'avoir envoyé la première couverture censurée. Elle a ensuite été remplacée par celle ci-dessus.



3 commentaires:

Silvano a dit…

Je ne le savais pas : merci pour cette information, j'irai !
Silvano

ALT Jean-Yves a dit…

En 1983 est paru un ouvrage de Jean-François Garsi : "Cinémas homosexuels" aux éditions Papyrus, juin 1983, ISBN : 9782865410484, 89FF
En décembre 1982 est paru un ouvrage de Dieter Schidor : "Rainer Werner Fassbinder tourne Querelle" aux éditions Persona, décembre 1982, ISBN : 2903669090, 120FF
Quant à l'ouvrage de Bertrand Philbert (et non Philibert), il est paru dans une première édition avec une photographie en couverture tirée du film "Taxi zum Klö" de Frank Ripploh (deux hommes qui s'embrassent avec un bouquet de roses rouges)

Bibliothèque Gay a dit…

Merci pour ces précisions.Je me suis fondé sur une information de Didier Roth-Bettoni dans son ouvrage, qui semble ignorer le livre de Jean-François Garsi.