mercredi 12 septembre 2018

Le bel âge, André du Dognon, 1958

André du Dognon est un écrivain mineur de la culture homosexuelle, mais il est la preuve que l'on pouvait écrire et publier des textes sur l'amour des hommes dans les années 1950. Paru en 1958, ce livre ferme la trilogie des Amours buissonnières, dont le premier ouvrage a paru en 1948. La lecture du Bel Age - je ne connais pas les deux autres ouvrages - m'a convaincu qu'André du Dognon ne risquait pas de choquer les bonnes âmes de l'époque tant pas sa prudence dans la description des sentiments amoureux, que par son évocation très allusive des scènes d'amour physique. Quant à une réflexion sur la dimension morale, voire politique, de l’homosexualité, ce n'était guère le moment. C'était probablement le prix à payer pour être édité et ne pas être interdit. Tout le monde ne peut pas être Eric Jourdan.

Cet ouvrage a été publié par les Éditions du Scorpion, fondées par Jean d'Halluin, une maison d'édition innovante et favorable aux jeunes talents. Rappelons que leur coup d'éclat a été la publication du premier livre de Boris Vian, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, J'irai craché sur vos tombes.


Le dessin de couverture est signé par Jean Boullet. L'éditeur avait déjà fait appel à lui pour illustrer le livre de Boris Vian. André du Dognon le connaissait sûrement et l'avait croisé à Arcadie. Jean Boullet nous donne ici une de ses images presque archétypales de la beauté masculine comme il les affectionnait. 

Pour vous faire découvrir cet auteur, j'ai choisi ces deux extraits, qui nous donnent une idée de son style. On voit aussi les limites que l'auteur s'est imposé pour rester dans les bornes de la décence et peut-être du bon ton.
Cette phrase : « les canards sont toujours là » avait pour moi une signification particulière. Jimmy me l'avait dictée en me disant qu'elle avait un sens caché. Elle voulait dire: « Tu peux venir à Chanage, il y a un garçon pour toi! ». Cette révélation m'avait empli le coeur d'une douce émotion en même temps que d'une certaine crainte car Jimmy avait ajouté que Ralph Tenceville exigeait ce que j'appelais alors le sacrifice supérieur, le don suprême auquel je ne m'habituai que par la suite et que ce sacrifice, étant donné que la nature n'avait pas été ladre avec lui, n'était pas sans inconvénients. J'en étais malade rien que d'y penser, un peu comme une jeune vierge qui est attirée par la virilité autant qu'elle la redoute.


Quand je reçois mes visites, Nouar passe et repasse selon les besoins de son service et me jette des regards furtifs. Le sous-officier de qui il faisait la chambre avec beaucoup de soin fermait les yeux quand il parvenait à m'y attirer. De silencieuses caresses me liaient à ce grand corps brun qui, un jour, rentra malade alors qu'il était allé au bordel. D'abord, il avait paru m'éviter pour simuler une simple fâcherie et il avait réussi à piquer ma curiosité, puis je fus instruit de son état par un autre infirmier et quand je montrai à Nouar que je savais le secret de sa froideur, il rougit sous son hâle, ne sut plus où se cacher et, de loin, surveillait les allées et venues des autres infirmiers quand ils m'appelaient.
Comme je me sens bien quand j'ai trouvé ma place dans le plaisir d'un plus fort ! Comme je me sens, alors, en règle avec l'humanité !
« Vous aimez le péché... », m'écrivait mon confesseur dans sa dernière lettre, et maman, à
qui je l'avais donnée à lire, soulignait cette phrase à mi-voix. J'aime si peu le péché que je ne fais l'amour qu'avec des gens qui ne pensent pas.
C'est un auteur aujourd'hui bien oublié, coincé, si j'ose dire, entre les grandes figures contemporaines, comme Gide ou Genet, et la nouvelle génération des années 1970. Je reproduit la notice de Didier Eribon dans le Dictionnaire des cultures Gays et Lesbiennes, qui est, à ma connaissance, la seule synthèse existante sur sa vie. On trouve des informations similaires dans le livre de Julian Jackson sur l'histoire d'Arcadie.
Du Dognon André
André Du Dognon de Pomerait
Écrivain français (Nancy, 1910 - Paris, 1986)
Figure, avec son ami Jacques de Ricaumont, du Paris gay mondain des années 1950 et 1960, André Du Dognon fait partie, avec lui, du groupe qui soutient en 1954 la fondation d'Arcadie par André Baudry (il signe un article dans le premier numéro de la revue). Publié en 1948, son roman les Amours buissonnières peint la vie gay des années 1930 à Montmartre et le mélange des classes qui s'y opérait. Le personnage principal, aristocrate de vingt-quatre ans, efféminé et maquillé, vit une relation amoureuse avec un ancien marin qui se prostitue après avoir fait de la prison pour insubordination. À la fin de l'ouvrage, la jeune « beauté d'azur» (terme employé ici pour désigner les homosexuels masculins) tente de se suicider, car son amant, qui est «normal», est attiré par une femme. Le jeune homme survit pourtant et on le retrouve dans le Monde inversé (1949), qui décrit cette fois les milieux gays privilégiés sous l'Occupation, où l'envie de coucher avec des soldats allemands l'emportait largement sur les sentiments patriotiques. Un troisième volet, le Bel Âge, clôt, en 1958, la série des Amours buissonnières. En 1950, Du Dognon fait publier et préface le récit de Philippe Monceau le Dernier Sabbat de Maurice Sachs, dont la fin, sur la mort de Sachs, sera contestée par d'autres témoignages. Il est également l'auteur de Peyrefitte démaquillé (1976), biographie plutôt acerbe de l'auteur des Amitiés particulières, dans laquelle on trouve de nombreux renseignements sur l'histoire gay du XXe siècle.
Malgré mes recherches sur Internet ou dans ma documentation, je n'ai pas trouvé de photo d'Anré du Dognon. Je reproduis donc l'image de fort mauvaise qualité qui est en 4e de couverture :


Jacques Ars se montre beaucoup plus enthousiaste que moi, mais c'est à propos d'un livre d'André du Dognon que je ne connais pas, L'Homme-orchestre. Je vous renvoie vers sa bibliographie : cliquez-ici.

mercredi 29 août 2018

Les Éphèbes, de Guy Lévis Mano, réédition GayKitschCamp

J'ai le plaisir d'annoncer la parution de la réédition des Éphèbes, de Guy Lévis Mano, initialement publié en 1924. J'en ai établi le texte sur l'édition originale et rédigé une présentation.



C'est un recueil de poèmes homosexuels publiés par Guy Lévis Mano à l'âge de 19 ans. Ils sont illustrés par Gaston Poulain, sous le pseudonyme de Lucien Lovel. J'ai d'ailleurs identifié ce Gaston Poulain, dont on ne savait rien jusqu'à maintenant, tout du moins sur la première partie de sa vie où il a beaucoup collaboré avec Guy Lévis Mano. J'ai déjà eu l'occasion de parler des Éphèbes sur ce blog : cliquez-ici.

En rééditant ce livre, je mets ainsi à disposition des poèmes quasiment impossibles à trouver (l'édition originale est fort rare). Cela permet de constater, une fois de plus, qu'il était possible d'exprimer publiquement un sentiment homosexuel dans les années 20, même si l’œuvre est restée très confidentielle :

« Je connus son corps impeccable, tout ce que contient d'épuisant, d'âpre, la caresse de mâle à mâle. Je restai troublé dans la régulière sérénité de ma vie normale, mais je résistai. Et nous ne nous aimâmes plus que d'amitié.
[…]
Tes lèvres sont dans mes lèvres. Ton corps je l'étreins parfois... les soirs où je vais « plus tendre que les caresses de femme ». Les roses rouges sont sur le granit de ta tombe, mon étrange ami, et tes poèmes – quelques-uns – sont ici. Ton nom reste ignoré. Ainsi tu l'as voulu... »

J'espère aussi que cela permettra à certains de découvrir Guy Lévis Mano, riche et complexe personnalité, qui est surtout connu pour son activité d'éditeur, imprimeur et typographe. Ces quelques poèmes appartiennent à la première partie de sa vie. Ils ont été parfois oubliés par certains de ses biographes. Il en a lui-même jamais parlé. Pour découvrir Guy Lévis Mano, je vous renvoie sur le site très bien fait de l'Association Guy Lévis Mano : www.guylevismano.com.

L'ouvrage est disponible aux Mots à la Bouche à Paris (il est en vitrine, avec une autre nouveauté de GayKitschCamp : Une Folle à sa fenêtre, Michel Cressole, et un ouvrage récent publié par Nicole Canet : Garçons de Joie) :



Il peut être commandé directement auprès des éditions GayKitschCamp (que je remercie au passage de m'avoir permis de publier ce livre) :

Chèque à l’ordre de GKC
À envoyer à Patrick Cardon, 5 rue du Pavillon, 34000 Montpellier
ou chez les libraires de Paris Les Mots à la bouche et Violette and co

ou par paypal à gaykitschcamp@gmail.com

gaykitschcamp.blogspot.com

lundi 9 juillet 2018

La série des Fredi, 1929-1930

La réédition récente de la série des Fredi par GayKitschCamp, ainsi que l'acquisition presque simultanée de l'édition originale et de quelques orignaux des illustrations, m'ont amené à lire ces 3 volumes qui racontent l'éveil à l'amour et à la sexualité, puis la vie sentimentale et sexuelle du jeune Fredi.



Probablement par esprit d'équilibre, le 4e de couverture de la réédition rapporte les avis contrastés de l'indispensable catalogue Archives gaies de Jacques Desse : « Le style est abominable, les dessins croquignolesques, sans parler de l'idéologie. Bref, un monument de kitsch assez singulier pour l'époque » et de l'annonce de l'éditeur lui-même :« Un roman d'apprentissage assez troublant, miroir au masculin de la série à succès des Claudine de Colette Willy. On y retrouve les thèmes vivifiants et modernes de l'insatisfaction et du triolisme. »

 Pour acheter la réédition, cliquez-ici.

Cet ouvrage ne me semble mériter ni tant de sévérité, ni tant d'éloges. Il ne faut pas croire qu'il puisse éveiller le « voyeurisme » du lecteur en quête de curiosités sexuelles. Certes, triolisme il y a, mais toute la sexualité est traitée sur un mode allusif, probablement pour passer en dessous des radars de la justice et de son terrible « délit d'outrage aux bonnes mœurs ».

Quant à la présentation du livre, je reprends le 3e texte du 4e de couverture qui est un bon résumé du contenu (Catalogue de la Librairie Artistique, 1935) :
La série des Fredi en trois volumes est une étude sincère et consciencieuse de l'inversion sexuelle. Dans Fredi à l'école, c'est le début de l'inversion, sa marche lente et indécise, l'état particulier du jeune inverti, sa mentalité complexe, puis la manifestation des premiers rapprochements ; Fredi s'amuse. Fredi est sorti de l'école ; il est étudiant, il vit libre. Les femmes le recherchent, mais il sort de leurs mains absolument désenchanté et retourne à sa satisfaction réelle ; Fredi en ménage. Dans ce tome dernier, c'est le complet épanouissement de l'inversion. Fredi rêve de se créer un foyer, de posséder un ménage, mais, bien entendu, hors la loi naturelle.

Certains aspects de cet ouvrage me semblent avoir encore une certaine actualité à notre époque. Il est probablement de toutes les époques que l'homosexualité oblige à une découverte de soi, de ses sentiments, de son corps, qui est, par nature, un cheminement particulier et radicalement différent de celui de l’hétérosexualité. Certes, les conditions actuelles, voire celles des années où j'ai moi-même parcouru ce chemin, sont différentes de celles qui forment le cadre de l'ouvrage Fredi. En revanche, le livre, dans son premier volume, rapporte bien cette période d'indécision sur son orientation sexuelle, qui était probablement plus longue alors pour au moins deux raisons. La première est qu'il existait une sorte d’homosexualité passagère de collège, qui permettait un premier éveil sexuel dans ces univers uniquement masculins. Ce sont les relations que Fredi vit avec Bertrand, Vernelle, Arcine, etc. Ces relations de collégiens pouvaient masquer aux yeux d’un jeune homme sa tendance profonde, en laissant penser que cette attirance et ses amours de collèges étaient, pour ainsi dire, « normales », car appartenant au parcours d’un adolescent de l'époque. La deuxième différence est que le monde dans lequel vivait Fredi ne faisait pas de l'interrogation et de la connaissance de soi-même une obligation comme nous le vivons. L'injonction du « sois toi-même » ne semble pas avoir encore atteint le jeune Fredi et le message libérateur des « Nourritures terrestres » n'avait pas encore franchi les portes des collèges ni des familles petites-bourgeoises de province. En revanche, ce que l'attirance sentimentales et sexuelle pour ses jeunes camarades peut amener de désillusions et de souffrances me semble bien décrit.

Dans la découverte de sa sexualité, il y a aussi, me semble-t-il, quelque chose qui traverse les époques. Car, au-delà de se découvrir homosexuel, encore faut-il trouver les formes sexuelles qui sont celles qui nous permettent d'arriver à une forme de plénitude personnelles. Entre les premières expériences sexuelles de l'élève Fredi et la forme de satisfaction sexuelle à laquelle il parvient à la fin du 2e volume, il y a un cheminement qui, là aussi, était probablement plus long qu'aujourd'hui, mais qui reste vrai. Si on me permet d'utiliser cet anachronisme, le 2e volume décrit une démarche de développement personnel qui permet à Fredi d’arriver jusqu'à arriver au « complet épanouissement ». Dans son cas, cela passe par une période « féminine » qui lui permet de prendre définitivement conscience que les femmes ne l’attirent pas.

Le 3e volume décrit comment Fredi se construit un monde à lui, qui lui permet d'atteindre une forme d'équilibre personnel. Ce « ménage » dont parle le titre, est formé de 3 personnes (d’où l’allusion au triolisme). La personne centrale est évidemment Fredi. La deuxième est l'ami de cœur, Xavier, qui l'a accompagné dans sa découverte de l'homosexualité lors de son arrivée à Paris, ce qui est raconté dans le 2e volume. J'ai d'ailleurs trouvé touchant cette fidélité à l'ami plus âgé, avec lequel il ne peut pas atteindre une vie homosexuelle harmonieuse, puisqu'ils sont tous les deux à la recherche de partenaires actifs. Malgré cela, Xavier représente comme un point d'appui et un soutien dans ce récit de vie. Le 3e compère du ménage est un certain Stéphane, qui représente plutôt l'autre dimension de cet épanouissement, celui de ses goûts sexuels, passifs comme nous l'avons dit. Il fait suite à de nombreux amants, qui lui ont peu à peu permis de s’épanouir.

A la toute fin du 3e volume, Fredi accueille aussi sa mère dans ce foyer d'hommes. Le rapport au père et à la mère traverse tout le livre. L'image du père, certes caricaturale, est l'archétype d'un mélange de virilité conventionnelle et de médiocrité personnelle qui ne permet guère au jeune adolescent de se construire, si ce n'est en opposition vis-à-vis du père. D'ailleurs, il sort peu à peu du paysage, d'abord en devenant absent et alcoolique, puis en mourant. Fredi peut alors retrouver sa mère, pour laquelle il a toujours eu des sentiments d'attachement filial. Je ne parle pas d'amour filiale car on n'est pas dans l'adoration aveugle d'un Marcel Proust pour sa mère. Lorsque la mère de Fredi découvre que son fils homosexuel, elle en conclut : « C’est mieux ainsi, come cela, il ne se mariera pas et me restera ».

Cela me rappelle cette phrase de Céline, à propos de Gide, qui dit les choses plus crûment : « Gide a aussi droit à toute la reconnaissance des jeunes bourgeois ou ouvriers que l'anus tracasse. ”Oh ! tu vois maman, Gide notre plus grand écrivain français trouve que se faire enculer est, parfaitement légitime, louable, artistique, convenable...” ”Très bien mon fils, je t'en bénis”, répond la mère, qui au fond ne demande pas mieux. Tous les homosexuels sont d'admirables fils. »

En revanche, d’autres aspects du livre datent beaucoup. D’abord, une idée parcourt tout le premier volume. L'homosexualité n'est que la conséquence d'une éducation imparfaite dans les premières années de l'adolescence, ce qui est annoncé dans la préface du premier volume. Cette idée est plusieurs fois reprise, avant d'être totalement abandonnée dans les 2 volumes suivants. Peut-être était-ce la caution morale indispensable pour rendre l'ouvrage acceptable. On peut d'ailleurs relever certaines contradictions entre cette idée d'une homosexualité que l'on peut soigner ou éviter et une représentation de l’homosexualité comme un comportement presque normale ou naturelle dans les 2 volumes suivants.

L'autre aspect qui a lui-aussi beaucoup vieilli est l'idée que l'homosexualité amènent les homosexuels à se situer par rapport à des comportements très stéréotypés entre les hommes et les femmes. L'homosexuel actif, le Louis ou le Bertrand de l'histoire (2e volume), se doit d'être viril, dominant, voire violent. En revanche, l'homosexuel passif comme Fredi se conforme à des comportements considérés comme féminin : la soumission, le besoin de soumission, voire l'hystérie. Fredi n’hésite pas à se rouler par terre dans des crises qui sont aussi des appels à une sévère correction de la part de « son homme ». On retrouve les clichés sur la coquetterie et la « mollesse » de l’homosexuel passif. A la décharge de l'auteur, rappelons que Proust a parlé de l'homosexuel comme un « homme-femme » :
« Je suis une femme », pourtant en lui, avec quelles ruses, quelle agilité, quelle obstination de plante grimpante, la femme inconsciente et visible cherche-t-elle l’organe masculin. On n’a qu’à regarder cette chevelure bouclée sur l’oreiller blanc pour comprendre que le soir, si ce jeune homme glisse hors des doigts de ses parents, malgré eux, malgré lui ce ne sera pas pour aller retrouver des femmes. Sa maîtresse peut le châtier, l’enfermer, le lendemain l’homme-femme aura trouvé le moyen de s’attacher à un homme, comme le volubilis jette ses vrilles là où se trouve une pioche ou un râteau. Pourquoi, admirant dans le visage de cet homme des délicatesses qui nous touchent, une grâce, un naturel dans l’amabilité comme les hommes n’en ont point, serions-nous désolés d’apprendre que ce jeune homme recherche les boxeurs ?

Certes, cela est plus puissamment tourné que le style un peu plat et terne de Fredi, mais les idées ne sont pas loin d'être les mêmes. Dans le même ordre d'idée, dans les années 1920, Magnus Hirschfeld théorisait le concept de « troisième sexe », intermédiaire entre les deux genres bien marqués d'homme et de femme.

A la lecture de ce compte-rendu, certains pourraient penser que je fais preuve d'un enthousiasme exagéré pour ce livre qui, objectivement, reste une œuvre mineure. À cela je répondrais d'abord que c'est un témoignage intéressant et bienveillant sur les homosexuels dans ces années-là. Avec du recul, il n’y en a pas tant que cela. Quitter les grands auteurs de l’homosexualité de l'entre-deux-guerres – Gide, Proust, Cocteau – et prendre les chemins de traverse de la littérature « populaire » permet de percevoir plus directement la vision que l'on pouvait en avoir alors. Enfin, ayant parfois l'occasion de lire de la littérature homosexuelle contemporains, je ne suis pas sûr que l'on atteint aujourd'hui un niveau bien supérieur. Le cheminement : premiers émois, découverte de l'homosexualité, premières amours et, parfois, vie sentimentale et sexuelle épanouie se retrouve encore, presque invariant, seuls le contexte et les représentations de l'homosexualité changent.

Les illustrations

Chacun des 3 volumes est illustré de gravures dans le texte, fort médiocrement imprimées, et d'eaux fortes sur feuillet libre. Cela explique sûrement qu'il soit difficile de trouver les volumes complets de ces eaux fortes. Quelques unes des eaux fortes :







Les illustrations sont de Gaston Smit. Seules les illustrations de couvertures sont signées, soit G. Smit, pour les deux premiers volumes, soit G. S pour le 3e. J'ai eu la chance de trouver les dessines originaux, à l'encre noire, des 11 illustrations du 2e volume. Le dessin original de la couverture est reproduit en début de message. Les 10 autres dessins sont d'un format supérieur à la reproduction qui en est donnée dans les ouvrages :












Description des ouvrages

Fredi à l'Ecole. Le roman d'un inverti.
Paris, Librairie artistique, F. Brenet, éditeur, 1929, in-8° (203 x 130 mm), 215-[1] pp., couverture en 2 couleurs illustrée d'une gravure, 9 gravures en pleine page dans le texte, 4 eaux-fortes hors texte.


Fredi s'amuse.
Paris, Librairie artistique, P. Brenet, éditeur, 1929, in-8° (203 x 130 mm), 215-[1] pp., couverture en 2 couleurs illustrée d'une gravure, 10 gravures en pleine page dans le texte, 4 eaux-fortes hors texte.


Fredi en ménage.
Paris, Librairie artistique, P. Brenet, éditeur, 1930, in-8° (203 x 130 mm), 207-[1] pp., couverture en 2 couleurs illustrée d'une gravure, 9 gravures en pleine page dans le texte, 4 eaux-fortes hors texte.


La collection complète est rare. En France, seule la Bibliothèque nationale possède les 3 volumes. La bibliothèque de l'Arsenal n'a que les 1er et 3e volumes, quand le fonds Chomarat de la Bibliothèque municipale de Lyon ne contient que le 2e volume. C'est tout pour l'ensemble des bibliothèques publiques en France (source :CCFr).

Sur Gaston Smit, ce lien sur le site bibliocuriosa donne un aperçu de son abondante production, très largement consacrée à la flagellation et au sado-masochisme : http://bibliocuriosa.com/index.php/Smit,_Gaston
On constatera qu'il n'a pas hésité dans les Fredi à se laisser aller à son penchant – personnel ? – pour la flagellation . Malheureusement on n'en sait pas plus sur lui.

De même, ce site donne la production de Max des Vignons, où l'homosexualité semble tout de même une exception : http://bibliocuriosa.com/index.php/Vignons,_Max_des

Enfin, sur l'éditeur : http://bibliocuriosa.com/index.php/Librairie_Artistique. Fredi semble sa seule incursion dans la littérature homosexuelle.

J'ai acheté les 11 illustrations originales en 2 lots distincts. Le premier auprès du libraire qui m'a aussi vendu les 3 volumes. Il y avait 8 illustrations originales, complétée de deux illustrations qui ne provenaient pas de cette série. J'ai trouvé les 3 autres illustrations qui m'ont permis de compléter la série à la galerie "Au bonheur du Jour".

Pour conclure ce message, je trouve qu'il y a une "correspondance" entre ce  dessin, représentant Fredi et Xavier  :


et cette photographie de ma collection :


jeudi 7 juin 2018

Dessins de Roland Caillaux



J'ai trouvé récemment une série de petites photos qui reproduisent les illustrations de Vingt lithographies pour un livre que j'ai lu, paru en 1945 avec des dessins de Roland Caillaux et des textes de Jean Genet.


J'imagine que ce tirage permettait de disposer de ces dessins très érotiques sous un format plus maniable et plus accessible, en cas de nécessité...

On y retrouve les grandes gravures que j'ai reproduites dans le message que je lui ai consacré : cliquez-ici. En supplément, on y trouve la photo d'un très beau dessin, absent du recueil. C'est cette image de deux garçons que j'ai placée en tête de ce message.

samedi 2 juin 2018

Jean Boullet et Jean-Christophe Averty

Il y a quelques années, je présentai un dessin de Jean Boullet, qui appartenait à un projet d'illustration d'Un Songe d'une nuit d'été (cliquez-ici) :



A l'occasion de la vente des collections de Jean-Christophe Averty, je viens de découvrir que la plupart des projets d'illustrations de ce texte de Shakespeare appartenait à ce célèbre animateur de télévision. Ils sont en vente le 11 juin prochain. Le catalogue donne un aperçu de ces dessins :



Petite satisfaction d'amour propre, la notice du catalogue fait une référence directe à ce blog et au message que j'avais alors publié :

mardi 8 mai 2018

Académies d'hommes, de Charles Léandre (1862-1934)

Une belle série d'académies d'hommes, par l'illustrateur Charles Léandre, plus connu pour ses caricatures. Je termine ce billet par un autoportrait de l'artiste. On remarquera les poses parfois fort peu naturelles que l'on faisait prendre à ces modèles. J'imagine que c'est dans un but pédagogique pour que les élèves de Beaux-Art se familiarisent avec toutes les possibilités qu'offre le corps humain et, dans ce cas bien précis, le corps masculin.









mardi 1 mai 2018

Glanes

Une illustration de Raymond Carrance pour La Ville dont le Prince est un enfant, de Montherlant (1967).


Quant à ce tableau anonyme datée des années 1820, il nous rappelle combien la peinture néo-classique a été homo-érotique. Un érudit qui voudrait s'attaquer à un recensement et à une analyse de tous les tableaux de cette période esthétique se confronterait à un continent presque sans fin à explorer. A ma connaissance, ce travail n'a pas été entrepris, ni même esquissé.

 
Ce mouvement n'est évidemment pas seulement français. Au hasard de mes glanes internet, j'ai trouvé ce tableau du peintre espagnol José Aparicio (1770-1838), peint en 1811, à Rome : Socrate enseignant.


Sur la tablette, il est écrit : Consiglio ad un giovane poeta dialogo socratico recitato nelle adunanza della' Arcadia, que l'on peut traduire par : Conseil à un jeune poète, dialogue socratique récité lors de l'assemblée d'Arcadie.

Ces numismates sont bien tendres entre eux (et fort peu habillés) au moment d'observer la médaille que tient ce musculeux jeune homme.


Il s'agit d'une médaille éditée par la Société des Amis de la Médaille Française, en 1901, pour commémorer la récente fondation (1899) de la société. Ces 4 hommes représenteraient des graveurs connus à leur époque. Sur la face, le personnage féminin en train de dessiner n'est guère plus habillée.