samedi 27 juillet 2019

Glane

Que ce beau garçon soit mon cadeau à mes fidèles lecteurs avant mes vacances :

Hélène Schjerfbeck (1862-1946) : Étude d'un jeune homme, 1882.

dimanche 21 juillet 2019

Champs d'amours

L'Hôtel de Ville de Paris abrite jusqu'au 28 septembre une très belle et très riche exposition sur le cinéma LGBT. Ce sont 100 ans de cinéma qui sont retracés depuis le film pionnier, Autre que les Autres, tourné en 1919, jusqu'à aujourd'hui.

Je conseille à tous ceux qui ont  l'occasion de passer à Paris cet été d'y aller. Si vous connaissez mal le cinéma LGBT, c'est un panorama complet, qui nous est proposé, sans partie pris, ni impasses. Si, comme moi, vous pensez bien connaître ce cinéma, c'est l'occasion de redécouvrir des films oubliés ou de découvrir des films qui ont échappé à votre vigilance. Cela est d'autant plus vrai que la production a notablement augmenté depuis les années 2000, rendant difficile la possibilité de suivre l'actualité de ce cinéma. Pour donner un exemple, c'est comme cela que dans la section Toutes les amours du monde, j'ai découvert un film guinéen sur une histoire d'amour entre 2 garçons, dont on peut visionner un extrait.


Mon objectif  n'est pas de décrire précisément le contenu de l'exposition. Elle fait l'objet de nombreuses présentations sur le Net.

Ce que je souhaite partager est que cette exposition a été pour moi un parcours personnel et intime dans ma propre vie. Comme beaucoup de gays de mon âge, le cinéma a été une des clés qui m'a ouvert l'univers homosexuel. On finit par l'oublier. Les chemins de la découverte de soi, de sa propre sexualité et de sa sensibilité amoureuses passaient souvent par la littérature et le film, cela était autant plus vrai quand une certaine timidité fermait d'autres voies.



En photographiant cette affiche de Querelle, je veux me rappeler et partager le souvenir de mon premier film "gay". Sorti en septembre 1982 en France, je l'ai vu soit à la fin de l'année 1982 soit au début de l'année 1983. Je n'avais pas 20 ans. Je venais d'arriver à Paris, pour y suivre mes études d'ingénieur. Je suis allé le voir dans un cinéma de l'avenue de la Grande-Armée, disparu depuis longtemps. Je me souviens qu'en y allant, j'avais l'impression de faire quelques chose d’important pour moi, une forme d'affirmation, aussi modeste soit-elle. Cela a été une étape. Depuis, je garde une reconnaissance pour ce film, très subjective, car, si je le voyais sans ce prisme, son côté baroque et flamboyant, son hyper-stylisation sont aux antipodes de ce qui m'émeut généralement.


L'autre jalon est l'Homme blessé de Patrice Chéreau, sorti quelques mois après. Je ne me souviens plus ni quand ni où je l'ai vu. Ce qui est certain est que je l'ai découvert à sa sortie. Ce film m'a profondément et durablement marqué, plus que Querelle. Je sais qu'il a été critiqué. Je sais que la vision de l'homosexualité qu'il donne est noire et très datée. Mais ce qui m'importe ici est la vision, beaucoup plus lumineuse pour moi, que j'ai gardée de cet homosexuel joué par Jean-Hugues Anglade, dont la beauté et la quête m'ont hanté. Cela peu paraître anecdotique, mais certaines scènes ont été tournées à la gare des Brotteaux, à Lyon, qui, pendant mes deux années de classes préparatoires au lycée du Parc, faisaient partie de mon quotidien. Le fait que des lieux de mon quotidien se retrouvent dans ce film donnait une sorte de légitimité à mon homosexualité. Ces lieux de mon univers familier se trouvaient aussi être ceux de Jean-Hugues Anglade, l'Homme blessé.

Autre film, seulement évoqué par une affiche :  Ludwig - Le Crépuscule des Dieux, belle affiche dont j'ai un exemplaire. J'ai vu ce film avec mon frère, dans un cinéma de Lyon, lorsque la version longue est ressortie dans les années 80 (je n'ai pas retrouvé la date exacte).

J'ai photographié ce panneau :


Ce sont tous des films que j'ai aimés : Beautiful Thing, Ma Vie en rose (un film un peu oublié, me semble-t-il, alors qu'il est si beau et si sensible), Les Roseaux sauvages (s'il fallait que je dise quel est le plus beau film gay, je dirais indubitablement que c'est celui-ci). On voit, sur le bandeau du dessous, Mullholland Drive (que j'ai aimé pour sa construction en ruban de Möbius), The talented Mr Ripley et, enfin, Dans le jardin du bien et du mal. Peut-être n'est-ce pas un hasard si tous ces films sont sortis entre 1994 et 2001. Mais, cela est une autre histoire.

Je finis avec ces deux photos de l'extrait de My Own Private Idhao, de Gus Van Sant, même si je pense que Mala Noche (sauf erreur de ma part, absent de l'expo), découvert lorsque je vivais en Espagne, ou Elephant, sont, avec le recul du temps, supérieurs au film le plus cité de Gus Van Sant.



Sur ce blog, tout se termine par des livres. C'est pour cela que je rappelle que la "bible" sur le cinéma homosexuel est ce livre de Didier Roth-Bettoni, un des co-commissaires de l'exposition, livre de plus de 700 pages que j'ai lu de la première à la dernière page au moment de sa parution.


J'ai aussi retrouvé dans ma bibliothèque ce livre, qui est le premier paru au France sur l'homosexualité au cinéma. Il est un peu oublié, car dépassé par des livres comme celui de Didier Roth-Bettoni, mais il doit rester dans les mémoires comme tous les travaux pionniers :

L'Homosexualité à l'écran, Bertrand Philbert, 1984
Je remercie Jean-Yves, du blog Culture et Débats de m'avoir envoyé la première couverture censurée. Elle a ensuite été remplacée par celle ci-dessus.



mercredi 10 juillet 2019

Un Protestant, Georges Portal, 1936

En 2008, j'ai trouvé un exemplaire de l'édition originale de Un Protestant de Georges Portal. A l'époque, je savais que, derrière ce titre, se cachait un livre sur l'homosexualité, grâce à la notice du catalogue Archives Gaies de Jacques Desse : « Fameux roman placé sous l'exergue d'une citation de “Corydon” » et la recension de Jacques Ars dans sa bibliographie (cliquez-ici) : «  il a le bonheur d’être complètement génial ». 
 
Un peu oublié dans ma bibliothèque, j'ai eu l'occasion de le redécouvrir grâce à sa réédition cette année par Le Serpent à Plumes, avec une préface de Patrick Poivre d'Arvor et une postface d'Eric Dussert.

Georges Portal
Patrick Poivre d'Arvor se montre dithyrambique : « Quel éblouissement ! », « C'est un autoportrait sans complaisance, ni remords », « formidable livre d'aventures ». Puis, sans beaucoup de modestie, il termine par : « j'ai retrouvé ce trésor et je veux à mon tout la partager et le donner à lire ». Quant à la postface d'Eric Dussert, elle a le mérite de donner la première biographie de Georges Portal. Elle fait ainsi justice des erreurs que l'on trouve ça-et-là, comme la confusion avec Jules Van Erck, qui avait pris le pseudonyme de Georges Portal, ou ses écrits collaborationnistes. Elle fait preuve cependant de quelques oublis (volontaires?) dont je parlerai plus loin.


L'ouvrage est découpé en 6 parties, qui représentent chacune une grande étape de la vie de Georges Portal depuis sa naissance en 1887, à Nîmes, jusqu'à sa sortie de prison, en 1917 : L'enfance, Le régiment, Paris, La guerre, Le procès et La prison. Le blog cultures et débats a donné une recension complète du livre. Je vous y renvoie : cliquez-ici.

Je ne partage pas l'enthousiasme du préfacier. Les récits de ses premières années, L'enfance, et de ses débuts dans la vie parisienne, Paris, m'ont intéressé comme un témoignage sur l'éveil à l'homosexualité d'un jeune homme fin-de-siècle. La guerre est aussi un témoignage intéressant non pas tant sur l'homosexualité que sur la perception de la guerre par un jeune homme. Il décrit fort bien le cheminement des jeunes gens qui sont partis aux combats remplis d'une joie patriotique et enthousiaste et qui, rapidement, ont pris conscience de l'horreur de cette guerre à laquelle ils étaient en train de participer. En revanche, dans les autres parties, j'ai été profondément gêné par l'étalage de ses bonnes fortunes, qui va crescendo jusqu'au récit de sa relation de soumission sexuelle dans la prison avec Charlot (sic). Le mot peut sembler fort, mais toute cette dernière partie confine au grotesque. Dans le livre, Georges Portal dit, en parlant de son frère : « Il lui manquait surtout le don que je possédais au suprême degré : celui de se mettre en valeur » (p. 119). Ce livre en est la preuve éclatante. Non seulement il nous gratifie de toutes ses conquêtes, mais, dans Le procès et La prison, il promène un regard hautain, voire méprisant, sur tous ceux qu'il croise. Il y a peu de gens qui trouvent grâce à ses yeux, que ce soit les officiers des différents régiments, le commissaire de police qu'il provoque par ses fanfaronnades, le procureur, le juge, son avocat, etc. Probablement très marqué par sa culture bourgeoise et protestante, il montre parfois de l'estime pour les petites gens, comme le gardien de la prison.

Traditionnellement, je complète mes billets par quelques passages qui m'ont particulièrement plus ou qui illustrent le propos de l'ouvrage. Je n'en ai retenu aucun. Pour ne pas frustrer mes lecteurs, je reproduis ici ce passage à la fin du livre qui semble prémonitoire sur l'affirmation d'une fierté homosexuelle (ce passage fait la 4e de couverture de la réédition) :
Lorsque je lui rendis la lettre, mon oncle me dit à son tour :
– Et toi, es-tu heureux ?
La veille, je n'eus pas osé lui avouer que je l'étais ; mais il venait de me libérer par ce geste magnifique, et devant lui, pour la première fois, je n'eus pas honte de mon bonheur. Je dissipai toutes ses craintes.
– Non seulement, lui dis-je, je suis pleinement heureux, mais je ne regrette rien, et même, je puis te l'avouer maintenant, je suis fier !
Comme il parut surpris malgré tout de ce mot, j'ajoutai :
– Oui, fier ! Gomment t'expliquer mon sentiment ? Je mentirais si je ne t'avouais pas cette fierté, absurde peut-être, mais réelle. Il me semble que j'échappe à une règle universelle, que je suis un privilégié, tout comme si je pouvais vivre sans respirer, marcher sur la mer, ou vaincre à ma fantaisie les lois de la pesanteur. C'est stupide, sans doute, mais ce que j'ai tout d'abord combattu en moi, puis ensuite accepté, je le revendique aujourd'hui.
– Curieux orgueil, me répondit mon oncle. Mais j'aime mieux te voir ainsi.
Je me suis interrogé sur le titre de ce livre Un Protestant. Certes, l'auteur appartient par sa mère à la bourgeoisie protestante de Genève. Il est le petit-neveu du célèbre diariste Henri-Frédéric Amiel. Par son père, il doit appartenir à une famille de protestants de la région nîmoise. En revanche, cette double appartenance et le poids éventuel de cette culture protestante ne sont pas évoqués dans le livre. La religion semble absente du monde auquel appartient Georges Portal. Peut-être a-t-il seulement voulu rappeler que le décor de cette vie était formé par cette culture protestante si particulière, dont André Gide est un des meilleurs témoins : exigence morale et intellectuelle, associée à une intégrité personnelle, qui peuvent expliquer ce besoin d'être en accord avec soi-même dont témoigne l'ouvrage.

Dans la postface, Eric Dussert nous dit que « ce que confirme encore son dossier militaire, c'est l'exactitude des faits qu'il énonce dans son roman, qui n'est donc pas une fiction mais bien un témoignage littéraire, comme cela paraissait entendu. ». Poivre d'Arvor nous parlait d'un « autoportrait ». Tous les éléments biographiques mis au jour par Eric Dussert le confirment. C'est un travail méritoire d'avoir ainsi pu les retrouver et les partager. Il nous confirme qu'il faut lire ce livre comme le témoignage d'une vie.

Et pourtant ! La postface rapporte que, dans son dossier militaire, « il déclare alors exercer la profession de négociant. La nature de ses négoces demeure un mystère ». Pourtant, il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour découvrir que Gaston Portal, son père, tenait un commerce de confection et de chapellerie à Saint-Jean d'Angély (Charente-Maritime) : « Au Bon marché » :
 
Le commerce de Gaston Portal, père de Georges Portal, à Saint-Jean-d'Angély, rue des Jacobins. Gaston Portal est probablement présent sur la photo, ainsi que Georges Portal (la personne à droite ?).
Georges Portal disait lui-même : « Mes efforts stériles et intermittents démontrèrent assez vite que je n'avais aucune disposition pour les affaires, et que j'étais en ce domaine le type même de l'incapable. » (p. 74). Là-aussi, on trouve que son activité de négociant n'a pris fin qu'en 1926, donc bien après les faits qu'il rapporte.


Peut-être que ce négoce était un peu trop prosaïque en regard de l'image que Georges Portal voulait donner de son milieu d'origine, celui d'un monde bourgeois et cultivé. Il y a peut-être de la fierté chez Georges Portal, mais pas pour le monde de la petit-bourgeoisie commerçante dont il est issu.

Mais le plus troublant est son premier mariage. La dernière page de son livre contient cette phrase : « Quelques jours plus tard, seul en pleine mer, […] une autre fierté m'habitait : celle de ne pas subir le joug de la femme. [...] Moi, je ne me soumettais qu'à mon semblable, à mon égal : à l'homme. Et ma chair seule lui était soumise. Oui, j'en éprouvais de l'orgueil ! » Pourtant, entre sa libération de prison et son départ aux bataillons africains en février 1917, Georges Portal s'est marié le 22 janvier 1917 à la mairie du 18e arrondissement de Paris avec la fille d'un architecte genevois, dont on peut penser qu'elle appartenait, comme lui, à la bourgeoisie protestante. On peut voir une contradiction entre l'image d'un homme affranchi des conventions sociales qu'il veut donner le lui-même et ce mariage dans son milieu. On ne sait évidemment rien des raisons de cette union, qui s'est terminée rapidement par un divorce à la demande et au profit de l'épouse. En revanche, si ce livre était vraiment un témoignage, Georges Portal aurait pu nous partager ses propres contradictions. Les grands écrivains savent que la richesse des hommes est aussi faite de leurs contradictions et que la force de la littérature est de nous faire pénétrer au cœur des conflits intimes, peut-être comme ici entre devoir et vie en accord avec ses goûts. Georges Portal a préféré nous donner un portrait de lui-même plus lisse, gommant les aspérités qu'il y a dans toute vie et sûrement dans la sienne Pour la petite histoire, un des témoins de Georges Portal lors de son mariage est Maurice Escande, un très fameux acteur homosexuel de l'époque. L'épouse est accompagné d'un banquier probablement d'origine suisse. Quant à Georges Portal, il est qualifié d'homme de lettres.

Les omissions tant sur la nature du commerce de son père que sur son mariage expliquent probablement que Georges Portal ait jugé bon de sous-titrer son livre « Roman ». Néanmoins, cela affaiblit la pertinence du témoignage, car, si arrangements de sa vie il y a eu, pourquoi ne pas penser qu'ils ont aussi porté sur les points plus essentiels de son livre concernant l'homosexualité.

Au terme de ce billet un peu long, je ne voudrais pas qu'une certaine sévérité de ma part rebute les éventuels lecteurs. Ce livre reste un témoignage passionnant et surtout positif, sur une certaine façon d'être homosexuel avant la Première Guerre Mondiale. Par la qualité de son écriture et de sa construction, il mérite d'intégrer le corpus de cette littérature homosexuelle de témoignage qui s'étoffe peu à peu de toutes les redécouvertes ou les rééditions de textes souvent oubliés. En revanche, je ne crois pas un instant que « ce livre délaissé va vite réintégrer l'histoire littéraire aux côtés des œuvres d'André Gide ou de Jean Genet. » (p. 374).

Description de l'ouvrage

Georges Portal
Un Protestant, Roman.
Paris, Les Éditions Denoël et Stelle, [1936], in-8° (230 x 145 mm), 330-[1] pp.


Page de titre

Il contient une citation du Corydon, d'André Gide, au faux titre :


Enfin, les éditeurs on jugé nécessaire de faire précéder le texte de cet avertissement :



Le second volume annoncé n'est pas paru mais, selon Hubert C. Kennedy [The ideal gay man, 1999], l'auteur en avait rédigé plusieurs chapitres (source : voir ci-dessous).

Sur ce site dédié aux éditions Denoël, la fiche consacrée à ce livre donne de nombreux renseignements (cliquez-ici). On y apprend entre autres que le tirage a été de 1 700 exemplaires. C'est un chiffre respectable, qui contraste avec la relative rareté des exemplaires actuellement. Peut-être qu'il a souffert de mauvaises ventes et qu'une bonne partie du tirage a été détruit. La fiche donne aussi la référence des annonces et comptes-rendus dans la presse de l'époque. L'accueil a été mitigé, mais le thème l'explique largement. Il a pourtant été traduit en anglais dès 1938 : The Tunic of Nessus, being the confessions of an invert, Paris, Editions Astra, 1938.

Ce roman a été vite oublié, même parmi les spécialistes de la culture et de la littérature homosexuelles. Si on me permet cette expression, Un Protestant est passé sous le radar des principaux auteurs qui ont écrit sur la vie gay de l'entre-deux guerres ou sur la littérature homosexuelle, que ce soit Florence Tamagne, Gilles Barbedette et Michel Carassou, Patrick Dubuis, etc. Dominique Fernandez l'ignore, probablement parce qu'il ne cadrait pas avec sa thèse d'une vision doloriste de l'homosexualité avant la « libération » (la sienne propre, d'ailleurs). Michel Larivière, dans Les Amours masculines, le confond avec Marcel Guersant, l'auteur de Jean-Paul. Il faut ne pas avoir lu les deux livres pour penser qu'ils sont l’œuvre d'un seul et même auteur. Jean-Paul est pétri d'une religiosité moralisatrice et culpabilisatrice et s'avère un livre ennuyeux, voire pesant. Nous avons vu que Un Protestant, malgré son titre, est dénué de toute dimension religieuse et, hormis les réserves que j'ai émises, s'avère être un livre agréable à lire. Georges Tin le cite dans son article sur le Protestantisme

Couverture

samedi 6 juillet 2019

Glane

VINCENZO DANDINI (1607-1675) Apollon et Urania

Après les Joyeux polissons du précédent message, ce magnifique tableau, glané au hasard de mes lectures, peut paraître former un contraste saisissant. Est-ce si sûr ?

dimanche 23 juin 2019

Joyeux polissons

Il ne vous reste plus que quelques jours pour voir l'exposition d'images érotiques homosexuelles : 

Joyeux polissons. Photographies homoérotiques clandestines. 1860-1930.

qui se tient à la galerie Au Bonheur du Jour, jusqu'au 29 juin.

Comme toutes les expositions organisées par Nicole Canet, elle s'accompagne d'un beau livre qui reprend toutes les photographies exposées :



Si je ne devais retenir que quelques images, ce seraient ces deux très belles et très rares photographies de Vincenzo Galdi :



Ainsi que la curieuse mise en scène de ces deux jeunes gens, ceux que l'on retrouve aussi en couverture. Cette carte catalogue permettait aux amateurs de choisir les photographies qui leur plaisaient.




Ce qui m'a frappé dans ces photos est  que les corps des hommes sont "natures", c'est-à-dire sans recherches d'une beauté plastique particulière, voire, pour certains, avec leurs défauts physiques, leurs avachissements, leurs lourdeurs. Nous sommes bien loin de l'impératif de perfection physique du porno gay, perfection qui s'entend plus comme le respect de standards que comme de la perfection à proprement parler. L'autre remarque qui m'est venue à la vue de ces photos est que l'éjaculation et le sperme, autres figures imposées du porno, sont complétement absents.

Informations sur l'exposition : cliquez-ici.

Pour acheter le livre : cliquez-ici. Il se trouve aussi aux Mots à la bouche.

dimanche 9 juin 2019

Jésus-la-Caille, illustré par Auguste Brouet, 1925

Je poursuis mes découvertes des éditions illustrées de Jésus-la-Caille, de Francis Carco dont j'avais tenté une recension dans ce message : cliquez-ici, message qui contient aussi une notice bibliographique de l'ouvrage. Ma dernière trouvaille est une édition de 1925 contenant 30 eaux-fortes d'Auguste Brouet, dont 10 à pleine page, 18 dans le texte (vignettes de tête ou de fin de chapitre), une sur la couverture et une sur le titre.

Auguste Brouet (1872-1941) est un graveur spécialisé dans l'eau-forte. Il était bien choisi pour illustrer Jésus-la-Caille car il s'était consacré à représenter le Paris des petites gens et des quartiers populaires, plus particulièrement Montmartre. Il habitait 4 rue Camille-Tahan, dans le 18e arrondissement de Paris, une impasse qui se termine au mur du cimetière Montmartre à quelques encablures du boulevard de Clichy.

Cette édition est le fruit de la coopération entre un éditeur-imprimeur, Gaston Boutitie, qui publiait certains de ses livres sous le nom des Éditions de l'Estampe, et Auguste Brouet. Ensemble, ils ont publié La Bièvre et Saint-Séverin, de Joris Karl Huysmans, en 1924, cet ouvrage, puis, en 1927, L'Ex-Voto, de Lucie Delarue-Mardrus. Probablement pour renforcer le côté montmartrois de l'ouvrage, ils ont choisi de faire figurer l'adresse du 4 rue Camille-Tahan, plutôt que le quai de Jemmapes, où se situait le siège des éditions et de l'imprimerie. Avant leur collaboration, Gaston Boutitie a publié un catalogue de l'œuvre d'Auguste Brouet (Catalogue de l'œuvre gravé d'Auguste Brouet d'après la collection Bonabeau, précédé d'une étude de Gustave Geffroy, Paris 1923).


Jésus-la-Caille, imaginé et dessiné par Auguste Brouet (eau-forte).

Tirage de l'eau-forte sur papier vélin.
État intermédiaire de l'eau-forte.

Comme beaucoup d'illustrés de cette époque, on trouve des exemplaires avec plusieurs états des gravures, soit en termes de finition, soit en termes de papier d'impression. Sur la base d'un même dessin, on a ainsi trois états de l'eau-forte, libre à chacun de choisir celui qui lui plaît.

Cette autre gravure extraite de l'ouvrage illustre le style de Brouet, que certains ont comparé à Rembrandt. Cette eau-forte d'une scène de rue parisienne est un beau témoignage de son art pour rendre l'atmosphère de Paris, de ses immeubles et de ses commerces, à une époque où la rue appartenait encore aux habitants.


L'exemplaire qui a rejoint ma bibliothèque contient aussi trois Planches non utilisées, dont une est, comme on le dit, assez libre. Autrement dit, c'est une gravure érotique, même si elle reste dans les limites de la décence, me semble-t-il.


Sur Auguste Brouet, il existe un site très documenté qui contient, entre autres, une biographie et un catalogue illustré de son œuvre. On peut y admirer toutes les scènes parisiennes qu'il a croquées : www.auguste-brouet.org

Description de l'ouvrage

Page de titre, avec une eau-forte représentant une presse à imprimer.

Francis Carco
Jésus-la-Caille, Illustré de gravures originales par Auguste Brouet
Paris, Aux Éditions de l'Estampe, 1925, in-8° (256 x 195 mm), [8]-221-[17] pp., 20 eaux-fortes dans le texte (12 vignettes : couverture, titre et 10 têtes de chapitre, 8 culs-de-lampe) et 10 eaux-fortes en pleine page dans le texte.

Couverture avec une eau-forte représentant le moulin de la Galette, paysage montmartrois par excellence.

L'achevé d'imprimer précise :
Cette édition de Jésus- la-Caille a été tirée à 252 exemplaires numérotés : 1 à 12 sur papier du Japon avec une suite hors texte sur Japon des gravures et des états ; de 13 à 62 sur papier Madagascar avec une suite hors texte sur vélin des gravures et des états ; de 63 à 252 sur papier vélin d'arches avec une suite hors texte des gravures sur vélin ; plus 20 exemplaires hors commerce numérotés I à XX et 20 suites hors texte sur Japon des gravures et des états. Elle a été achevée d'imprimer le 20 août 1925, par G. Boutitie & C°, pour la typographie et par A. et M. Vernant, pour les gravures.
Le tirage total est donc de 272 exemplaires. Je viens d'acquérir le n° 51 des exemplaires sur papier Madagascar, avec une suite hors texte sur vélin des gravures et des états. Il contient un dessin original d'Auguste Brouet et un envoi de Francis Carco, qui l'a agrémenté d'un petit autoportrait.


André Lindé, le premier propriétaire de cet exemplaire, était un industriel (tannerie) de Limoges, membre du Cercle Parisien du Livre. Il a fait relier son exemplaire par Henri Blanchetière (1881-1933), un des relieurs les plus renommés de cette époque. Il a couvert ce livre d'une belle reliure art déco, dont le riche décor des plats donne une idée :

Plat de la reliure signée H. Blanchetière.

Cette reliure a été présentée au Salon du Livre d'Art, du Petit-Palais, en 1931, comme l'atteste une note signée par Blanchetière jointe à l'exemplaire.

jeudi 30 mai 2019

Au Poiss'd'or, hôtel meublé, Alec Scouffi, 1929

Il faut remercier tous ceux qui œuvrent à faire connaître la littérature homosexuelle ancienne. Ils exhument ainsi des écrits oubliés de tous et nous offrent de belles découvertes. C'est ainsi que les Éditions Séguier, avec la collaboration des Éditions GayKitschCamp viennent de republier Au Poiss d'Or, hôtel meublé, d'Alec Scouffi.

Couverture de l'édition originale (1929), par Henri Guilac
Description de l'ouvrage et présentation de l'auteur sur le site des Éditions Séguier :
«Il y a les femmes qui espèrent sur les bancs, et les éphèbes dont le mégot s’allume au bec comme un ardent appel.»
P’tit Pierre fuit Saint-Germain-en-Laye et son enfance pour se jeter dans la grande fête du Paname des Années folles. Avec sa gueule d’ange, il n’a aucun mal à se faire adopter par la faune de Pigalle, qui s’empresse de le rebaptiser Chouchou. Sous les néons des boulevards, aux côtés de ces jeunes voyous, gouapes, poisses et autres gavroches, il découvre son corps et sa sexualité. Mais la première ivresse passée, il se heurte à une réalité bien plus âpre : installé dans l’une des chambres du Poiss’ d’or – un petit hôtel meublé au pied de Montmartre – Chouchou est emporté dans un tourbillon de passes et d’amours clandestines. Avec en embuscade, les ombres de la police, de la misère et de la mort… Les promesses d’hédonisme de la capitale ne seraient-elles en fin de compte que les mirages de l’enfer ?
Paru en 1929, Au Poiss’ d’or capture toute la gouaille, la truculence – et la violence – d’un Paris bohème aujourd’hui disparu. Alec Scouffi explore les marges, raconte les bas-fonds et dresse la chronique d’une époque où l’homosexualité se vivait sous la menace permanente de la répression. Il fut d’ailleurs lui-même une personnalité de ce monde souterrain, au point que plusieurs romans de Patrick Modiano se font l’écho de l’aura mystérieuse entourant son existence sulfureuse (Livret de famille, 1977 ; Rue des boutiques obscures, 1978 ; Paris Tendresse, 1990).

Les circonstances de la vie d'Alec Scouffi demeurent troubles. Chanteur lyrique, poète et romancier, né à Alexandrie vers 1886, il s'installe à Paris au début des années 1920 et connaît le même destin tragique que ses personnages : en 1932, il est retrouvé mort dans son appartement de la rue de Rome, probablement assassiné par l'un de ses amants. Figure du Paris cher à Patrick Modiano, il est évoqué dans plusieurs de ses œuvres majeures.

Cette présentation insiste sur un des aspects du livre, l'évocation de vie homosexuelle de Pigalle, où se mêlait prostitution masculine et féminine. Pourtant, le livre évoque bien d'autres milieux, comme la prostitution au Bois de Boulogne, la rue de Lappe, les bains, le milieu des artistes et de la haute société homosexuels, avec le peintre Williams et l'écrivain Pépère. Ce Pépère m'a clairement fait penser à Proust, bien que je n'ai vu aucune mention de cette identification ailleurs. Il y a aussi un Albert dont on peut se demander si ce n'est pas une allusion au célèbre Albert Le Cuziat... On y croise aussi la môme Bijou. Il est donc probable qu'il y a d'autres personnes à identifier, comme le peintre Williams.

Mais, au-delà de cette peinture des marges et de la répression policière qui lui est indissociablement liée, le roman est d'abord l'histoire d'une vie, celle de Pierre, dit Chouchou. On le suit depuis son enfance à Saint-Germain-en-Laye jusqu'à la fin tragique du roman. Et dans cette histoire de vie, il y a aussi des histoires d'amour, celle pour le bel Egyptien Roumir, qui traverse tout le livre puisque ce prénom est le mot qui termine le texte, avant les trois lettres de « Fin ». C'est aussi le sentiment fugace pour Riquet, le garçon d'hôtel du Poiss' d'Or qui ne dure qu'un instant dans le livre, mais que j'ai choisi comme illustration du style de l'auteur. Il ne faut pas oublier Louise, la femme-homme qui permettra à l'homme Pierre de se savoir aussi femme. C'est probablement un des aspects les plus troublants du récit que ce jeu sur les genres, qui n'est pas courant dans cette littérature. Il faut lire les récits des scènes d'amour entre Louis et Pierre pour comprendre le trouble qui le traverse lorsqu'elle cherche à inverser les rôles. Enfin, c'est l'amour fou et impossible pour Bob, qui clôt le livre. Ce livre est aussi une éducation sexuelle et sentimentale, car c'est le récit d'une vie qui voit Chouchou passer d'une sexualité homosexuelle, en partie subie sous le coup de la nécessité, à une homosexualité révélée, pour ne pas dire assumée. Ce n'est pas l'un des moindre mérites de cet ouvrage, qui le distingue des autres romans qui ont pour cadre le monde interlope de Pigalle. Notons que c'est aussi une chronique de la survie au quotidien. L'auteur peint un univers un peu oublié, celui de toute cette population flottante parisienne, qui, chaque matin, se posait la question vitale de comment manger et où dormir. Certes, cela existe encore aujourd'hui, mais, quoiqu'on en pense, dans  des proportions sans commune mesure avec le Paris des années 20.

Reliure sur une édition de Jésus la Caille (1929), qui illustre l'univers de la rue à Pigalle. C'est aussi l'univers du Poiss' d'or.
Ce livre se lit avec plaisir, grâce au style enlevé et nerveux de l'auteur. Il n'y a pas de recherches littéraires – et c'est peut-être mieux ainsi – mais il y a une volonté de construire un récit qui mène le lecteur selon un rythme qui épouse les aléas de la vie de Chouchou. Alec Scouffi sait aussi être plus littéraire comme dans l'échange entre Pépère et Chouchou, dialogue étrange entre l'écrivain, qui veut finir les dernières pages de son livre avant de mourir, et le « garçon perdu » troublé par le discours de l'homme qui lui dit : « Votre âme sans doute, mon petit, n'aura point rencontré son véritable sexe (car les âmes aussi ont un sexe). Eh oui, les âmes aussi ont un sexe, qui n'est pas toujours nécessairement celui de leur corps (accident, lui, matériel et tout fortuit d'une nature aveugle qui se trompe). » Il faut reconnaître qu'au moment d'écrire « Pépère et Chouchou », je me suis demandé si mes lecteurs ne penseraient pas qu'il s'agit d'un récit parodique et, pour tout dire, un peu ridicule. Évidemment, il n'en est rien. Il s'agit, j'en suis sûr, d'une roublardise de l'auteur, qui s'est plu à affubler ses personnages de surnoms familiers, à l'image de ce milieu homosexuel qui en était friand, sans que cela ne doive masquer le sérieux et la solidité du récit.
D'ordinaire c'était Riquet, le garçon d'étage, un beau gars plantureux et fleurant bon la campagne, qui recevait ses confidences.
« Y'a plus d'femmes, soupirait-il, c'est des vaches ! »
Riquet venait le surprendre souvent la nuit, après la dernière « passe ».
Assis tous deux sur le lit, ils grillaient des cigarettes anglaises. Chouchou tirait ostensiblement d'un joli étui en fausse écaille barboté dans la poche d'un client novice.
« Elles sont bonnes tes "sèches" », opinait Riquet d'un air convaincu.
Ils se racontaient, l'un à l'autre, les menus faits de la journée.
[…]
Chouchou, parfois, lui donnait la réplique. Il racontait sa vie depuis trois mois. L'imagination fantasque du gosse coudoyait ici la vérité.
Il dit comment deux hommes bien mis, « deux mecs très chic », l'avaient un soir « embarqué » pour le conduire avec eux dans « la maison des masques », un « clac », où tout le monde est masqué.
Un grand immeuble, avec un escalier à tapis rouge, des chambres tout en glaces où l'on se regardait de la tête aux pieds et des meubles dorés, des lits moelleux et bas où des couples forniquaient en public.
« Oui, mon pote, ils faisaient l'amour devant tous les autres, ! Tu parles, s'ils devaient s'rincer l'œil sous l'masque. Y en avaient qui regardaient seulement, les "voyeurs", hein. Y en avait aussi qui s'foutaient à poil dans l'vestiaire, hommes et femmes, et pis qui s'baladaient pour faire la paire. Tu pouvais t'promener d'une salle dans l'autre, pas d'chichis. Personne n't'empêchait de faire tes p'tites saletés. Moi, une poule en liquette me propose: "Viens, mignon", qu'elle m'dit, et pis sans m'laisser l'temps d'répondre, elle m'baisse l'froc et nous roulons ensemble sur un divan. Des types, tout autour, nous regardaient faire...
– T'as pas eu honte ? interrogeait Riquet.
– D'quoi donc, pisque j'avais l'masque», s'étonna Chouchou.
Mais Riquet penchait la tête. Cette orgie quotidienne l'écœurait à la fin.
« Tout ça, c'est dégueulasse! ronchonna-t-il: j'aime mieux fiche l'camp ch'nous, dans not'cambrousse.
- T'en fais pas: c'est partout pareil », conclut Chouchou philosophiquement.
Riquet le regardait sans comprendre... il y avait en lui une sourde révolte qui grondait depuis longtemps. Fils de laboureur, de paysans honnêtes, il était venu à Paris chercher du travail, comme tant d'autres qui désertent la terre, la bonne terre grasse et nourricière, le ciel bleu, la charrue, la moisson ! « Sales bêtes, songeait-il vaguement, s'ils savaient... ! »
Et de le sentir ainsi près de lui, ce beau gars bien planté, au corps doré comme un bronze, aux yeux noirs, plus noirs que des olives, Chouchou, une nuit, en eut envie...
Non encore dessalé à dix-huit ans, malgré la place Pigalle, Julot, M. Biche et le Poiss'd'or, lui parut être une qualité rare, et comme il désirait lui-même pour la première fois, cela stimula son désir.
Les Éditions Séguier ont choisi de ne pas reproduire la belle couverture d'Henri Guilac. Elles ont demandé à Nina Missir de concevoir une couverture spéciale pour cette édition. C'est une réussite car elle reprend, en les modernisant, les codes de la couverture initiale.


Cette édition contient aussi une préface de Cédric Meletta qui est restée hors de portée de mon esprit cartésien et parfois terre-à-terre. Je me suis arrêté là dans mon « décryptage » : « Le critique du Mercure ne croit pas si bien dire, et cela vaut même à l'indicatif présent, puisque ce talent est complètement là, en ce siècle numérique du droit à l'image, à la différence, à l'oubli, siècle du Big data. Alors, lisons, vicieux, mais toujours impunis ce que 1'entre-deux-guerres a vomi sur le champ. Vomito-negro. »


Cet article de Paris-Soir, de 1937, consacré au meurtre d'Alex Scouffi, est une intéressante illustration de la manière de traiter l'homosexualité dans la presse grand public : cliquez-ici.

Description de l'ouvrage

Bien que réputée rare, j'ai un exemplaire de l'édition originale, avec la couverture que j'ai reproduite en début de message. Il contient aussi la rare bande d'éditeur, avec son accroche un peu racoleuse :  « Ce livre arrache le masque à des millions d'hommes. »


Au Poiss'd'or, hôtel meublé
Paris, Éditions Montagne, Fernand Aubier, Éditeur, [1929], in-8° (190 x 120 mm), 249-[7] pp, couverture illustrée en couleurs.

Achevé d'imprimer :
« Achevé d'imprimer le 22 janvier 1929 par l'Imprimerie Ramlot et Cie, 52, avenue du Maine, 52, Paris, pour les Éditions Montaigne »


Dans les bibliothèques publiques françaises, il n'y a que 3 exemplaires de l'édition de 1929 : BNF, qui été numérisé sur Gallica (cliquez-ici), Bibliothèque de l'Arsenal et médiathèque de Châteaudun. La Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BVHP) possède un exemplaire, qu'ils datent de 1933. S'agit-il d'une nouvelle édition ? A vérifier, car la description est trop sommaire.

Dans un interview à BibliObs, C. Meletta précise, en réponse à la question sur les raisons de la rareté de l'ouvrage : « La première, c'est que l'édition originale était illustrée d'eaux-fortes qui sont devenues des objets de collection. La deuxième, c'est le tirage quasiment confidentiel du livre, à l'époque : 500 exemplaires. Il y a eu un deuxième tirage après la mort d'Alec Scouffi, mais assez réduit, lui aussi. »

Sur le premier point, je n'ai pas trouvé d'autres mentions de ces eaux-fortes, en particulier dans les catalogues bien informés de Jacques Desse (Les Libraires associés) ou David Deiss (Elysium Books). N'y aurait-il pas une confusion avec la série des Fredi qui a effectivement comme caractéristique de contenir des eaux-fortes dans certains exemplaires (voir La série des Fredi, 1929-1930) ? Quant à l'information sur le tirage initial, je ne sais pas quelle en est la source. Mon exemplaire porte une mention de 12e mille en haut à droite de la couverture, ce qui peut laisser penser à un tirage beaucoup plus important. Néanmoins, comme on le sait, ce type de mention est souvent factice.

L'ouvrage a paru dans la Collection du Gay Savoir (il s'agit du « gay savoir » au sens de Montaigne, dont on trouve une citation « Je ne fay rien sans gayetér »). La quatrième de couverture donne les 9 premiers (et seuls ?) titres :


Au terme de ce message, j'ai réussi à ne pas faire les références obligées à Francis Carco et Jean Genet, comme dans toutes les critiques que j'ai lues. Elles ne sont pas erronées, mais je crains qu'elles ne donnent une vision biaisée ou réductrice de l'ouvrage.

Jésus-la-Caille, par Chas Laborde, 1920