jeudi 2 juin 2011

Retour sur Tirésias de Jouhandeau

Il y a maintenant plus d'un an, j'ai eu l'occasion de décrire longuement Tirésias, de Marcel Jouhandeau, texte magnifique, admirablement illustré par les gravures d'Elie Grekoff. Je vous renvoie à ce message : cliquez-ici.

J'ai trouvé récemment un autre exemplaire, le n° 13 du tirage de 150. Il contient un des dessins originaux de Grekoff qui a servi à illustrer l'ouvrage. C'est un dessin au crayon sur papier calque :


Autre atout de cet exemplaire, sa reliure que je vous laisse découvrir :


Le relieur a repris le motif des deux serpents entrelacés qui illustre le début de l'ouvrage.

jeudi 26 mai 2011

La Galère, de Jean Genet, 1947

Le condamné à mort est le plus célèbre des poèmes de Jean Genet. J'en ai déjà parlé sur ce blog. Nous savons qu'il célébrait l'assassin Maurice Pilorge (voir ici). Poursuivant dans cette voie, Jean Genet composa vers 1943 un autre poème à la gloire de l'assassin Harcamone, assassin imaginaire qui est aussi le héros du Miracle de la Rose.

Le poème est d'un abord plus difficile que Le condamné à mort. Il est même souvent obscur. Ces deux strophes, probablement parmi les plus accessibles, l'illustrent :

Fais un geste Harcamone allonge un peu ton bras
Montre-moi ce chemin par où tu t'enfuiras
Mais tu dors si tu meurs et rejoins cette folle
Où libres de leurs fers les galériens s'envolent.
Ils regagnent des ports titubants de vins chauds
Des prison comme moi de merveilleux cachots.

Le poème est d'abord publié en avril 1945 par Thierry Maulnier dans les Cahiers de la Table ronde.

La première édition est donnée en 1947 par le libraire Jacques Loyau, de Paris, dans un tirage confidentiel (88 exemplaires), avec 6 gravures de Leonor Fini. C'est cette édition que je présente aujourd'hui.

Leonor Fini est une artiste peintre d'origine italienne, au parcours très personnel. Avec Jean Genet, ils se rencontrent probablement vers 1947. Cette publication est leur première collaboration. Quelques années plus tard, Jean Genet lui consacre un ouvrage : Lettre à Leonor Fini, texte d'hommage, qui a aussi été publié par Jacques Loyau. Ils se brouillent ensuite.

Les 6 gravures qui illustrent La galère :







En voyant ces gravures, on pense inévitablement à ce qu'a déclaré Leonor Fini : "Je suis pour un monde de sexes non différenciés, ou peu différenciés".

Elle vécut longtemps avec deux hommes à la sexualité "ambiguë". Dans ce tableau, on la voit entourée par eux :


D'une façon plus classique, elle a peint Jean Genet plusieurs fois à cette époque, comme dans ce tableau :


Un site est entièrement consacré à Leonor Fini : cliquez-ici et une bonne synthèse sur Wikipédia : cliquez-ici.

Pour revenir à Jean Genet et son poème, il a lui-même donné une explication sur l'obscurité de cette œuvre : "Vers ce temps-là, j'avais écrit deux poèmes sans qu'ils aient de rapport l'un avec l'autre. Je les ai mélangés, pensant donner plus d'obscurité, plus de densité à mes vers." En rapportant ces propos dans son Saint-Genet, Sartre ajoute : "Le poème est obscur. [...] Genet [...] a recours à la ruse la plus puérile et la plus démoniaque".

Cela n'empêche pas qu'il comparaisse le 8 juillet 1954 devant un tribunal parisien sous l'inculpation d'attentat aux mœurs et de pornographie pour son poème "La Galère" et pour Querelle de Brest. Le tribunal statue en janvier 1956 que ces œuvres sont "attentatoires aux bonnes mœurs". Il est condamné à 8 mois de prison avec sursis et 100 000 francs d'amende. Selon E. White, "ce qui avait sans doute essentiellement choqué la cour, c'étaient les illustrations de Leonor Fini, pour "La galère" et surtout de Cocteau pour Querelle de Brest."


Description de l'ouvrage


Jean Genet
La Galère
S.l.n.n. (Paris, Jacques Loyau, libraire), 1947, in-folio (322 x 234 mm), [16] ff., 6 ff. de planches.

Les 16 feuillets non chiffrés de décomposent ainsi :
- [3] ff. blanc
- Faux titre
- Titre
- [8] ff. : poème "La Galère"
- Achevé d'imprimer et justification
- [2] ff. blanc

Les 6 planches reproduisent des dessins de Léonor Fini.

Achevé d'imprimer :
"Edition établie par Jacques Loyau, libraire, passage des Panoramas, Paris et imprimée sur les presses de l'hôtel de Sagonne, en juillet 1947, aux frais de l'auteur."

Justification
- 80 exemplaires numérotés à la presse, dont les 9 premiers sur vergé de Montval
- 8 exemplaires de présent
Cet exemplaire est le n° 13.


Cet exemplaire a été magnifiquement relié dans les années 1970 par Gilbert Bontaz, relieur grenoblois. Les plats mosaïqués sont ornés de deux compositions d'un artiste non identifié. Les dessins préparatoires ont été ajoutés à l'exemplaire.


mercredi 27 avril 2011

Le Vieillard et l'Enfant, de François Augiéras


Poursuivant mon exploration de l’œuvre de François Augiéras, j'en arrive aujourd'hui au premier ouvrage de cet auteur. Ce récit de la relation entre un jeune arabe et un vieillard français, excentrique perdu dans le désert algérien, s'est construit peu à peu, à travers de nombreuses éditions. Mais avant de parler de l'histoire du texte, revenons à l'ouvrage lui-même. Comme souvent avec Augiéras, la base de l'histoire est véridique. Le propre oncle de François Augiéras, le capitaine Augiéras, s'était réfugié dans le désert, dans le fort d'El Goléa où il avait construit un musée dans le désert. C'est là que François Augiéras l'avait rejoint, alors qu'il n'était pas un enfant. Quelles ont été leur vie et leur relation, nul ne le sait vraiment. C'est à partir de ce qu'ils ont vécu ou ce qu'Augiéras imaginait avoir vécu avec cet oncle, substitut du père, qu'il construisit un récit qu'il fit paraître sous formes de plaquettes signée Abadallah Chaamba. Cette relation sexuelle et mystique, faite d'amour et de haine, de soumission et de liberté, préfigure des thèmes qui seront encore plus développés dans Le Voyage des Morts et magnifiquement représentés dans ce texte qui condense tous les thèmes d'Augiéras L'apprenti Sorcier.

Comme pour les autres ouvrages, j'ai choisi quelques extraits :

On développe cette photographie prise le matin. A la lueur de la lampe je me reconnais bien.
- Tu es beau, dit le vieillard ; et le vieillard me mène à sa terrasse. Comme les bouteilles étincelantes fixées aux flèches des pavillons ses promesses miroitent. Au lit, me tenant dans ses bras : N'es-tu pas heureux avec moi. Chaque jour tu gardes mes chèvres, tu joues, tu vois le passage des avions.
Le froid m'éveille, le ciel se couvre. Les nuages sont très visibles. La pluie nous surprend et nous déloge du lit.

Dans l'obscurité des nuits, je hurle ma haine sans relâche. Je gravis les rochers près du ciel. D'un bond, je franchis les failles creusées dans le roc. Le sommet des falaises forme un dédale de chambres à ciel ouvert où je pleure, mon fusil en travers de la nuque, dans mes vêtements en lambeaux serrés contre moi par des lacets de cuir. Mes yeux, mon arme scintillent au clair de lune, et mes cartouches sur mes épaules nues. Je me repose dans mes chambres de pierre, je loge dans les couloirs de granit; à la craie, j'y trace de faibles signes. Il y a là-haut comme des ruelles et des lits dans le roc : O mon âme éternelle sous le ciel noir et l'édifice admirable des étoiles. J'y pleure, mon fusil dans les mains. Ensuite, me vient la peur ; elle me fait mal, seul, si loin de la maison de mon père.

A ce lit sur un toit, la nuit, je vois le matelas blanc sur les ressorts de fer, et cet homme au-dessus de moi. La violence de la douleur et le poids de cet homme écrasent mon visage à tout jamais brûlé, mes yeux bleus seuls vivants et grand ouverts. Il aura bientôt son cri, mi-râle, mi-hululement de joie dans le silence de la campagne déserte, seules les cabanes des Chrétiens, à deux kilomètres d'ici, pouvant l'entendre, et la dernière et merveilleuse pointe de ce râle où il analyse sa joie.

Quelle écriture et ma survie ai-je vues sur le toit d'une étable. Les livres que j'écris, dans l'obscurité où je vis, ils sont encore comme enfoncés dans le ciel noir et menacés, ne serait-ce que par ma mort. Devina-t-il que je pouvais me souvenir : ce soir, je suis roué de coups. Cet homme, à coups de bâton, me fait libre à tout jamais à ce point du monde où il cogne mon visage éternel, me disant :
- Peut-on dire qu'un enfant soit innocent ?

Les nuages que traversent les beaux rayons de la lune, toujours plus nombreux et vastes, en vagues grises et sèches passent silencieusement dans l'azur de la nuit. Je me sers de toute la force de mes yeux, je regarde les bâtiments et les toits de cet homme qui ne survivra qu'entre mes mains, qui, parmi les éternelles nuits de l'été s'abandonne à ce que mes yeux savent de lui; mes yeux bleus et changeants à tout jamais ouverts parmi les astres et les pierres. Il m'a rencontré parmi tous les hasards, moi qui pouvais écrire; moi sa seule chance de survivre; mais si lointaine, si obscure. Mes carnets sur ma toiture blanche, c'est mon destin et celui de cet homme joué sous le passage des nuages blancs de l'Afrique.

La flamme éteinte au chandelier de cuivre posé sur un créneau, je l'entends soupirer près de moi, se retourner, faisant grincer les ressorts. Mes lèvres mouillées et dures s'ouvrent et il y mange un goût de sel. Ses mains m'enlacent sous ma chemise bleue, pâlie par les nuits. Puisqu'il a l'habitude de m'avoir ainsi, le soir, je m'y accoutume, et, malgré la peur, ma tête contre les barres de fer, je parle avec mon âme éternelle. Il est comme le dernier homme que je verrais avant de mourir, au-dessus de moi, haletant, le souffle rapide, comme s'il voulait me tuer, masquant toute une région du ciel. Il regarde mes yeux, où dansent les reflets de la nuit; il cherche mes lèvres; dès qu'il les connaît, il est secoué de spasmes, surpris jusqu'à hurler de l'abondance et de la violence du flot qu'il arrache à lui-même, qu'il déverse sur moi. Et le sang de cet homme est le mien, et je n'ose dire à quel point c'est mon sang. Après qu'il a crié, je pose une main sur son visage; il accepte mon geste et que je touche à lui; ma main légère et sombre où la terre sèche et rose colle encore alentour de mes ongles.
- Comme toi, lui dis-je, ne suis-je pas seul au monde.

Mes carnets, je les mettrai à la poste ; au hasard ; vers l'Asie, vers l'Europe et vers l'Océanie ; et je danserai dans les vallées de pierre.
Les nuages bleus et noirs. O, l'éternelle victoire des petits livres qui ruinèrent la gloire des Conquérants.
Cet homme qui n'en sait rien ne survivra que dans mes humbles carnets; lui, dont l'orgueil alla jusqu'à se bâtir un mausolée de son vivant, il devra tout à un enfant qui sait à peine écrire; lutte avec l'ange dont je suis le vainqueur; il ne restera rien de lui, rien de son musée, sauf ce que j'aurai sauvé d'un éternel oubli dans mes carnets de couleur, ocre, bleu et rouge, mis à la poste, secrètement dans ce désert.

De nuits en nuits le vent sèche mes larmes. Quand je m'éveille, par quel heureux hasard et bien avant le jour, debout sur les toits, sur l'admirable géométrie de la cour, je ne sais pas si ma douleur n'est pas le plus délirant cri de victoire inventé sous le ciel étoilé. A l'écart des hommes et du monde, quelle enfance au service des formes éternelles. De quel silence suis-je né dans cette région des oasis, avec l'accord des astres de la nuit. Pour ce vieillard, ainsi, dans ce désert, ne suis-je qu'un rêve venu du plus lointain passé. Accepté l'horreur de ma condition, tout m'apparaît ici comme étant admirable : la cruauté de cet homme. Et la mienne. Moi, ne désirant rien tant que d'être accoudé ainsi au bord de mon sommeil, à proximité de la mort, que, de parler avec mon âme, que d'écrire sous les dernières étoiles, devant l'Eternel, mon seul seigneur et mon Juge.

Ce texte a une histoire compliquée et mouvementée.

Les premiers textes ont été imprimés sous forme de plaquettes entre fin 1949 et 1952, souvent remaniées, envoyées à des écrivains célèbres. Peu à peu, François Augiéras se créera une notoriété qui lui permit d'être publié en 1954 par Les Editions de Minuit. Cet ouvrage de 270 pages reprend l'ensemble des textes qui avaient été peu à peu imprimés. C'est la première édition mise dans le commerce.


J'ai un bel exemplaire, dont la reliure, par sa couleur et le motif de ses plats, est une discrète allusion aux couleurs du désert.



Comme souvent avec Augiéras, il ressentit le besoin de revoir son texte pour le rendre plus concis, donc plus incisif. Il réduisit, resserra, voir condensa son texte à quelques 80 pages qu'il fit imprimer pour lui même à 200 exemplaires, dans une présentation qui était, par la typographie et le motif, une discrète allusion aux Editions de Minuit. Comme pour se distinguer de tout ce qui avait paru auparavant, il l'appela Le Vieillard et l'Enfant de 1958, mais l'ouvrage ne parut qu'en 1960.


La préface, jamais reprise ensuite, est un véritable manifeste d'écriture :

En 1954, les Editions de Minuit publiaient un ouvrage titré : "Le Vieillard et l'Enfant", fait de carnets hâtivement rassemblés. Que je me sois trouvé trop jeune en présence d'un admirable sujet, il me fallut connaître plus souvent la souffrance pour en prendre conscience, pour bien voir qu'il ne s'agissait que d'un cri de colère hanté par Dieu, et que le thème essentiel du Vieillard et l'Enfant ne pouvait être que la découverte panique d une écriture sous le ciel étoilé.
Quelques années plus tard, je n'avais pas le droit de retrouver dans mon souvenir la vraie profondeur de ce drame, de le rendre à lui-même sans rien lui faire perdre de sa première candeur sauvage. Reconquête passionnante et cruelle. Qu'une écriture irréductible à la civilisation de Paris me soit apparue dans ce désert; au delà même de la vengeance que les nouvelles aventures de l'esprit soient probables sur les frontières d'un Empire; que j'ai refusé de me soumettre aux conventions d'un art profane : Depuis dix ans que j'écrivais, je commençais de le savoir. Que cette rupture toujours plus profonde trouve enfin son plain - chant, définitivement conquis, libre alors sous le ciel étoilé de l'Afrique:
J'ai tenté cette aventure de l'esprit.
Zirara, août 1958.

J'ai la chance de posséder l'exemplaire qu'il dédicaça à Jacques Brenner, un critique littéraire alors influent, qui aura un rôle déterminant pour la publication du Voyage des Morts. Sur la couverture, François Augiéras présentait son ouvrage :



Version hors commerce, éditée à la rentrée par les Editions de Minuit.

Cet envoi d'août 1963 fait ainsi allusion à la prochaine publication dont je vais ensuite parler.

L'envoi sur une page de garde est un précieux témoignage d'Augiéras sur son texte :


Version définitive de 1958
75 pages seulement, mais simples, humaines, dans le ton juste, je crois.
Très "arabes", hurlantes vers la fin, lisibles.

Peu après, bien que Les Editions de Minuit auraient pu prendre ombrage de cette publication "clandestine", elles n'hésitèrent pas à reprendre ce texte, complété d'un préface, dans un petit ouvrage paru en 1963 qui représente la version définitive du texte du Vieillard et l'Enfant.



C'est désormais ce texte, plusieurs fois réédité, qui est considéré comme la version de référence.

Il faut avoir la chance de posséder les rares éditions antérieures, sans parler des premières plaquettes (que je n'ai malheureusement pas), pour connaître les premiers états du texte et suivre le cheminement de l'élaboration du texte à travers les repentirs, coupes, ajouts et réécritures. On a ainsi de façon tangible le travail d'un écrivain qui cisèle son œuvre par un travail d'épuration. Lorsque on a la chance de pouvoir en plus le découvrir dans des exemplaires rares, voire portant la marque de l'auteur, on peut parler de fascination pour le livre comme signe matériel et tangible d'une pensée qui s'élabore.

Pour finir, ce beau portrait d'Augiéras jeune :


vendredi 8 avril 2011

Un jeune homme grec

Au gré de mes lectures, j'ai découvert ce beau jeune homme :


C'est un détail d'un tableau de Pierre-André Lupiac (1873-1956), un peintre académique toulousain qui a surtout représenté des scènes de la vie grecque. Le tableau complet s'appelle Le couple à l'amphore.



Autre académie avec un bel homme musclé de dos.



Un peintre oublié, peut-être à redécouvrir.

J'espère bientôt revenir avec une belle description de livre.

samedi 26 février 2011

Le Voyage des Morts, de François Augiéras (Abdallah Chaamba)

En 1954, paraissait enfin en édition commerciale le premier livre de François Augiéras, Le Vieillard et l'Enfant. Cela n'arrêta pas les errances d'Augiéras, qui repartit dès décembre 1954 comme élève vétérinaire dans une école d'élevage à Tadmit, en Algérie. De cette expérience, sortira un "journal intime" de ce nouveau séjour en Algérie. Avec le récit fiévreux de sa vie de prostitué à Agadir et une nouvelle évocation de sa relation avec son oncle au fort d'El Goléa, relation qui forme la trame du Vieillard et l'Enfant, il commence à composer un nouveau recueil Le Voyage des Morts. Ces deux photos d'Augiéras le représente à Agadir et à Tadmit, deux des chapitres les plus importants du livre.



Comme il l'avait déjà fait pour son premier livre, il fait imprimer en 1954 par Fontas à Périgueux une brochure sur papier de couleurs, première ébauche du futur texte. Depuis l'Afrique, il les envoie à tous ceux qu'il imagine pouvoir aimer ce texte et le faire connaître. Ce sont des écrivains ou critiques célèbres. Sur cette brochure, il corrige son texte, raturant (il remplace partout "mon père" par "mon oncle"), noircissant des paragraphes entiers, biffant des phrase, ajoutant des feuillets ou des cahiers. De même quelques mois plus tard, il poursuit avec une deuxième brochure, à qui il fera ensuite subir le même sort. C'est ainsi que vers 1955, une personnalité (qui ?) a reçu ces deux brochures, toutes vivantes des repentirs de l'auteur qui construisait son texte en même temps qu'il le recevait de l'imprimeur et qu'il l'envoyait. Ces brochures, peut-être imprimées à 100 exemplaires, sont des témoignages émouvants d'un auteur qui bâtit une œuvre. Ce sont des brochures que je présente aujourd'hui :



Quelques exemples des pages raturées de ces brochures.







Il faudra attendre 1959 pour que les éditions de La Nef publie la première édition commerciale de l'ouvrage, sous le même pseudonyme d'Abdallah Chaamba. Comme l'une des brochures, il contient une photo du fort d'El Goléa auquel un halo lumineux donne un aspect mystérieux.


Décrire Le Voyage des Morts est presque impossible. Pour moi, c'est d'abord et avant tout le récit d'une aventure intérieure qui se nourrit de ses expériences dans le désert algérois, de sa vie dangereuse et extrême de prostitué à Agadir. Traversé par un érotisme omniprésent, où l'amour des garçons le dispute à la virilité triomphante avec les prostituées arabes, c'est surtout une méditation sur la place de l'homme dans le cosmos, de son rapport avec les éléments, avec les forces de la vie. Une des forces de ce livre est d'abord la puissance du style, qui sait construire un alliage fragile entre la description crue de ses expériences sensuelles et un mysticisme qui se nourrit de son lien avec la terre, le ciel et la mer. Mais surtout, ce récit qui paraît de prime abord moins construit que ses ouvrages ultérieurs comme L'apprenti-sorcier ou Domme ou l'essai d'occupation, voire même désordonné, permet de faire émerger, à celui qui sait la voir, une ligne de force qui irradie tout l'ouvrage. Lorsque on suit ce fil conducteur, caché, on peut vivre soi-même une expérience personnelle qui se nourrit de celle d'Augiéras.

J'ai choisi ces quelques passages pour vous faire découvrir cet ouvrage :

Sur les brochures en couleurs

J'avais mis des paquets à la poste, à Gardaïa, à Ouargla. Mes ratures étaient plus visibles que le texte : ma main avait tremblé face au ciel étoilé. Croyant écrire, j'avais expédié partout les traces de mes peurs, de ma joie délirante, les pages ravagées par la férocité du désert comme la photo hantée au début de ce Voyage des morts.

Mes livres : je vivais avec eux, allais les voir dans la brousse où je les cachais pendant un an, deux ans, avant de les expédier au hasard. Le Voyage des morts, en couleurs, vraiment je le vis fait des seuls mots que j'aimais.

J'ouvris le Voyage des morts. Quelle joie d'être vivant, de pouvoir raturer encore, arracher à un texte ce qui ne lui appartient pas (des mots détruits me rappelaient des nuits où je n'étais pas mort); ce livre n'étant que le livre de compte de mes terreurs et de ma liberté.

Ce que j'ai fait imprimer en Afrique l'a toujours été sur du papier de couleur; je m'agenouille sur un toit, pose un cahier sur mes cuisses; je vois mon écriture de clair de lune imprimée sur du papier jaune souvent transparent comme des feuilles de maïs.
Si les hommes qui ont sculpté les masques de l'Afrique revenaient sur terre, ils feraient ce que je fais. Au sud de l'Europe qui s'obstine à peindre, la fantastique aventure de mes petits livres fut, moins la vengeance, la nuit, d'un enfant chez un colonel en retraite que la victoire, au XXe siècle, d'une écriture hantée.
De nuit en nuit, dans une servitude chez les Européens, je trouvai les couleurs de mon âme.

Je fis un effort pour me tirer un peu de ma sauvagerie, pour y voir clair. Il y a longtemps que la peinture est morte; un art décoratif abstrait très beau, très émouvant est encore possible, mais la grande aventure est ailleurs, il est bon qu'on le sache, qui n'est pas celle des peintres qui n'ont rien voulu, rien compris, qui n'avaient rien à dire : celle en Afrique de mes livres en couleur me semblait d'une rare audace.

Soudain, le cœur battant, je vis Le Vieillard et l'Enfant, reconnu les capitales bleues des Editions de Minuit. […] La typographie en était en-dessous de tout; mes petits livres en couleurs, du désert, expédié vers l'Asie, vers l'Europe avaient une autre vigueur, une autre virulence.
J'espérais mieux du Voyage des morts.

Mes livres en couleurs :
Raturés par moi, ouverts la nuit, enterrés dans le sable, repris ! Comme d'humbles fétiches ! En un sens, un joli coup de pied au cul de l'art moderne qui n'a jamais su en inventer un seul.
Etranges livres : parfois faits de signes, de traces. L'Afrique appelle les signes et non pas le récit.

Sur l'océan, la nuit, mes livres en couleurs m'accordaient à l'histoire des hommes; le fait d'être imprimés, de pouvoir être multipliés à un nombre infini d'exemplaires, leur donnait plus de chances de survivre qu'à moi.

Sur l'amour des garçons

Je me saoulai de thé, de kiff près d'une fille, un revolver dans la botte qui labourait ma cheville pendant que je faisais l'amour; j'aimais être homme ainsi, si jeune, si naïvement viril.
Nous couchâmes chez un notable qui possédait un grand lit de bois français, genre lit de paysan. On soupa, les plats sur les chenets; les flammes éclairaient nos visages, une toilette de faïence, son fils qui nous servait. Dehors, il pleuvait à torrent, les eaux rouges semblaient devoir emporter le village. Nous étions bien traités, en élèves d'une école d'élevage. Hubert, en tout bien tout honneur, partagea le lit de notre hôte, je restai près de la cheminée avec le garçon de mon âge.
Je l'avais vu dans une ruelle, appuyé contre une porte de maréchal-ferrant, noir de poussière de charbon de bois. A me voir sortir d'une maison où son père lui avait interdit d'entrer sous menace de correction, il avait eu un sourire amusé; il devait y aller... ou qu'avait-il pensé sachant que je couchais chez lui ? Il ne dormait pas, m'observait de l'autre côté de la cheminée; la chambre était dans l'ombre, sauf nous près des braises. Lentement il rampait vers le mur emportant ses couvertures. Je compris. Je m'éloignai de la lueur des tisons. Dormait-il ? Ma main erra sur le sol, nos doigts se rencontrèrent; longtemps il serra ma main de toutes ses forces. Avec une douceur, une tendresse extrême, j'entrai sous l'édredon que son père lui avait donné pour la nuit.
C'était le souffle de sa vie que je désirais. Les garçons ne cherchent pas la langue; lèvres closes nous bûmes notre haleine. Nos mains allèrent jusqu'à nos hanches grasses, dures. Sous les couvertures, les yeux fermés, je l'aimai de toutes mes forces. Nous étions tous deux grisés par l'hiver, par la nuit dans la montagne, par la neige. J'embrassai son visage. Nos jambes étaient chaudes. Il avait la senteur des forêts. L'amour des garçons, leur véritable nuit de noces, la joie. Puis le sommeil coupé de baisers et de caresses à en avoir des crampes dans le poignet. L'humidité m'éveilla à minuit.
Si je tirais la couverture à moi, il avait les reins découverts; j'avais froid par terre. Je me fis du café dans les braises, restai assis, une épaule contre la cheminée, regardant mon ami endormi.
Combien d'heures passèrent ainsi? Je revins sous les couvertures. Dans l'obscurité, les braises mortes, quand la vie monta en nous elle était brûlante, lumineuse; je voyais la vie éternelle qui nous apparaissait au cœur de l'hiver et de la nuit. Quelle fille m'aurait donné cela : sa douceur, sa vie si simple. Par les briques disjointes du carrelage, l'humidité pénétrait dans nos couvertures. Nous devinions la proximité des ruisseaux souterrains, l'eau dans la terre, les sèves, mille sources. Je m'endormis et le murmure de la fonte des neiges, dehors, diminuait peu à peu à mesure que le gel de la nuit arrêtait et immobilisait les ruisselets.
La lueur du jour qui tombait par la cheminée éteinte nous éveilla. Nous restâmes immobiles afin de maintenir contre nous la chaleur des couvertures. Il était temps de reprendre nos places dans la chambre. Nus, l'un près de l'autre, dans la douceur de l'aube, nous étions jeunes, encore unis par le sommeil, une même source. "Je t'aime", lui dis-je sous l'édredon. "Moi aussi", me dit-il en embrassant mes lèvres.
C'était mon printemps.
La lueur sur les tisons morts était bleue, un azur parfait.

Je la désirai après qu'elle eut connu mon camarde. Je pensais qu'il était beau, noble, que les garçons s'aiment entre eux, souhaitable qu'ils aillent aussi avec les filles. Le hasard me donnait la même jeune femme que le garçon que j'aimais.

J'embrassai son visage; avec une douceur extrême, me serrant dans ses bras, il me rendit mes baisers et ferma les yeux, dans l'immense clair de lune qui s'emparait des hautes prairies silencieuses.

Sept frères ou cousins gardaient les bêtes très haut sur les collines, près de grands rochers rouges. L'aîné chevauchait un mulet, un bâton sur l'encolure. Une cavalcade sous l'azur, un spectacle pour les siens. Il sauta vivement à terre, me proposa de lutter contre lui. Il avait une ardeur sans violence, une terrible gaieté dans la lutte. A l'instant où trop de vigueur nous eût fait perdre la joie de nous étreindre, il relâcha son effort. Quand son visage fut près du mien sur la terre au printemps gorgée d'eau, de pollen, fermant les yeux : oui, dit-il, un bras autour de mon cou. Devant tous, j'embrassai ses lèvres chaudes.
- Va avec lui, me dirent ses frères.
Nous montâmes au sommet de la petite montagne. I1 y avait là, entre les blocs immaculés, une casemate de ciment où nous entrâmes. Les frères se retirèrent. Dans la salle aux inscriptions obscènes, j'attirai à moi mon nouvel ami.
Un matin de printemps au XXe siècle.
Des mœurs de guerre ? Des façons de soldat, de berger ? Il fouilla dans le petit sac de toile que j'avais à la ceinture, en sortit des carnets, des livres. "Je t'aime", lui dis-je.
Sur la prairie, j'embrassai une dernière fois ses épaules, les mains de ses frères, descendis vers la plaine, vers les ombres du soir par le sable doré d'un sentier lavé par la pluie. Dans un bois de sapins, je m'assis entre les troncs sur les brindilles parfumées. Je vis l'azur lutter longtemps contre la nuit, les étoiles naissantes. C'était cela ma vie. J'entendis les pas des chevaux menés à l'abreuvoir vers une eau bleue et les cris des troupeaux de retour de la steppe, un soir, en Algérie.

Dans un bois de sapins, un jeune nomade gardait les vaches; son visage était beau et rond. Il me parla, brisant les branchettes basses. L'obscurité se fit plus intense. Nos doigts unis s'appuyèrent aux écorces d'où coulait de la résine. L'un et l'autre nous défaillîmes, nous tombâmes sur les brindilles parfumées, sur la terre durcie par le gel.
Des vêtements en lambeaux couvraient sa poitrine. Venait la nuit pure troublée par les abois des chiens. Il avait une odeur de suint et de fumée, de grands yeux de berger, des traînées de crasse assombrissaient son visage. Dans les bras l'un de l'autre, près des arbres, nous étions heureux. Un lien de corde serrait à sa taille un pantalon de toile. Il jeta sur moi un côté de son manteau. Ses hanches étaient chaudes, douces. J'embrassai ses lèvres. Il avait avec moi des façons graves, un peu émues, sans un mot sous mes caresses. Ses lèvres avaient un goût de sel et la pureté et la fraîcheur de la nuit.

J'aimais la douceur, la gravité de ce garçon de la steppe nu sous un manteau de l'armée trop grand pour lui et qui, si proche de moi, me témoignait une amitié si vraie. Nous restâmes épaule contre épaule, dans les bras l'un de l'autre, émus encore des coups que nous avions reçus. Sa gorge était chaude, noire de crasse, son regard calme et pur comme l'idée que je me faisais de l'amour. Nous étions pauvres.

Si Dieu existe, je lui dirai : voilà ce qui a été pour moi le comble du bonheur. Je n'ai pas craint de d'affronter la mort pour faire l'amour ainsi; la volupté que Tu avais mises dans nos corps, nous l'avons jetés sur Tes pierres près des astres.

D'abord, le fait d'appeler père un homme qui n'était pas mon père – je n'ai jamais connu le mien – et avec lequel je couchais ! Enfin, apparaissait une des plus graves hantises humaines. Il était mon père "rêvé" comme tout ce qui est proche de l'onanisme. (Je me masturbais tandis qu'il me possédait.)
Les rapports avec Dieu ? Sa vie, ses mœurs affirmaient la volonté de jouir face à la nuit étoilée. Seul un garçon pouvait lui plaire sur un grand lit de fer. Un instant de volupté intense dans l'histoire humaine.

Nous pénétrâmes dans une carrière, il s'accouda sur les pierres. J'embrassai ses lèvres. Une incroyable violence de la joie me fit voir cette carrière comme un paradis, celui des pierres, des astres et la nuit.
Je serrai enfin mon ombre sur mon cœur. Il s'agenouilla, me demanda de faire comme lui, et, chacun une main sur la hanche de l'autre, au tremblement de nos lèvres unies, l'un connut au même instant ce que ressentait l'autre.

Sur l'écriture

Le sud exaspérait mon goût des couleurs, des espaces inconnus. Quel lieu au monde, quel acte humain, quel accent décisif affirmaient la maîtrise des l'homme, la noblesse de l'homme. Mon drame – ou ma chance au XXe siècle – était de n'être pas un artiste, devoir trouver dans le réel, à mes risques et périls, un style de vie qui tienne face à la splendeur des astres. La prise de conscience de l'histoire humaine me hantait, j'avais rencontré la folie admirable d'un homme, d'un solitaire en Afrique.

Toute œuvre d'art est un Voyage des morts : en ce sens qu'on y fait la découverte de son âme qui n'a de chance de survivre que si elle atteint l'âme éternelle des hommes. Au point où j'en étais, la création artistique m'importait plus que tout. Des trames, des schèmes inconnus tremblaient sous ma plume.

Les astres scintillaient, certaines régions du ciel en étaient pâles; vers eux allaient mon cœur et mon désirs; primaire, j'adorais l'univers, à genoux sur les pierres de faîtage… joie très pure, je brûlais parfois ma semence; joie de mêler ma jeune force à la force des astres et des plantes; en mois la soudaine apparition de la joie, en avance de cinquante ans sur l'histoire humaine : un nouvel accord de l'homme avec le ciel. Les hasards, les silences, le désert au clair de lune… Un essai exemplaire. D'abord dans le domaine des mutations.

Plus que jamais j'avais envie d'écrire. A nouveau, en arrêt devant la librairie, je me demandais si je n'étais pas un sauvage en plein XXe siècle, occupé uniquement à fabriquer des esprits.

Une terrible joie faisait battre mon cœur. Menacé dans la nuit, venu du plus lointain passé, déjà dans l'avenir, je tremblais de l'honneur et de l'orgueil d'être homme.


Description des ouvrages

Pour les deux brochures :
S.l.n.n.d., deux brochures in-12 (188 x 115 mm) de 32 et 44 pages à la pagination irrégulière

Il n'existe qu'un exemplaire dans les bibliothèques publiques en France (source CCFr). Un autre exemplaire est passé en vente à Paris, Drouot, le 4 avril 2006, de la bibliothèque du philosophe rémois Emmanuel Peillet (1914-1973).

Pour l'édition originale de 1959 :
Abdallah Chaamba [Augiéras (François)]
Le voyage des morts
Paris, La Nef de Paris, Editions, [1959], in-8° (190 x 142 mm), 217-[5] pp, une photographie en noir et blanc hors texte.



Paru dans la collection "Structure", n° 2.

Il n'existe que 5 exemplaires dans les bibliothèques publiques en France (source CCFr) : 3 exemplaires à la BNF et 2 à l'Institut national de recherche pédagogique, Lyon.

Notre exemplaire contient un envoi d'Augiéras  :
 

Il s'agit probablement de René Dulsou, qui a été un des grands amours de Max Jacob entre 1932 et 1935.

Depuis 1959, il y a eu 2 rééditions :
Montpellier, Fata Morgana, 1979


"Les cahiers rouges", Paris, Grasset, 2000 (toujours disponible) :


Le texte diffère un peu de celui de 1959, puisque les pages 71 et 72 ont été supprimées.

La Bibliothèque de l'Arsenal (Manuscrits et fonds d'archives – don Jean Chalon) possède le manuscrit : Le voyage des morts, s.d., 1 cahier et des notes manuscrites : manuscrit autographe et copie dactylographiée corrigée.

Pour conclure ce long message qui, je l'espère, donnera envie de connaître et découvrir François Augiéras, cette belle photographie :


samedi 5 février 2011

Mon frère Yves, de Pierre Loti


Pierre Loti (1850-1923), écrivain un peu oublié aujourd'hui, a été une des célébrités marquantes de la fin du XIXe siècle. Mon propos aujourd'hui n'est pas de parler de cet écrivain et d'entrer dans le débat de son homosexualité (voir la notice Wikipedia, qui est une bonne introduction : cliquez-ici). En 1883, il fait paraître Mon frère Yves, roman sur une amitié virile et protectrice entre le narrateur et un jeune marin breton, Yves Kermadec. Rien dans le roman n'évoque directement l'homosexualité, mais il est facile de le lire comme l'histoire d'une relation homosexuelle, ou pour le moins homo-érotique, entre ces deux hommes. En 1936, une édition illustrée par Emilien Dufour est l'occasion de nous donner quelques belles images de marins et, plus particulièrement, des images de complicité entre marins :


Ces quelques images nous donnent à voir le marin Yves :


Même si, en introduction du message, je ne souhaitais pas aborder le sujet de l'homosexualité de Pierre Loti, ces deux images me semblent pourtant parlantes. La première est très officielle, car c'est son portrait lors de son entrée à l'Académie française.


L'autre est une image du Pierre Loti culturiste, en illustration de Pour devenir fort... et le rester. Manuel de culture physique de l’homme., du Pr. Desbonnet, vers 1918.


Enfin, ce beau dessin de marins par Pierre Loti :


Description de l'ouvrage

Mon frère Yves
[Paris], Calmann-Lévy, Editeurs, [1936], in-8° (226 x 175 mm), [8]-281-[3] pp, 12 vignettes dans le texte, dont certaines en couleurs, 12 planches en couleurs pleine page dans le texte, un vignette au titre, couverture et dos illustrées.


Je n'ai pas trouvé de renseignements sur Emilien Dufour. C'est un illustrateur qui a été actif des années 20 jusqu'au début des années 50.