dimanche 6 mars 2022

Glane

Renouant avec un usage que j'ai un peu délaissé ces derniers temps, je vous partage cette gravure découverte au gré de mes chines numériques.

La Victoire, gravure de Marià Fortuny (1838-1874), 1869.

Ce jeune homme portant une victoire ailée m'a immédiatement rappelé cette célèbre photo de Plüschow. Certains disent que le modèle en serait Nino Cesarini, l'amant de Fersen.


samedi 1 janvier 2022

Meilleurs voeux 2022

 Je souhaite une belle et heureuse année 2022 à tous mes lecteurs.


 

Que ce joli jeune homme au charme un peu suranné nous accompagne toute cette année.

Je vous souhaite aussi toujours de belles découvertes.

lundi 25 octobre 2021

Jean Boullet et Max Jacob, un dessin et une amitié


Ce beau dessin est un double témoignage. C'est d'abord la preuve du talent de Jean Boullet qui préparait son premier ouvrage illustré, Tapis volant, paru en 1945. C'est surtout une belle illustration de l'amitié qui liait le poète Max Jacob (1876-1944) et Jean Boullet. La dédicace est une marque de gratitude du jeune homme à son aîné : 
Très humblement pour Max Jacob qui a pensé à moi le matin de mon premier vernissage. Avec un grand merci. Il sait mon amitié. Jean Boullet
Quarante-cinq ans séparaient les deux hommes. Pourtant, ils semblent avoir été très proches, même s'il n'en existe que fort peu de preuves. Ce dessin de Max Jacob pour Jean Boullet, démontre aussi l'estime qu'il lui portait : 
 
© Galerie "Au bonheur du jour"

Humblement à Jean Boullet une des plus rares sensibilités que j’aie rencontrée - son ami
Max Jacob, 1941
Une lettre de Jean Boullet, à Jean Cocteau, envoyée depuis la prison de la Santé, à une date indéterminée, mais très probablement après la mort de Max Jacob (mars 1944), nous permet de comprendre que ce dernier était suffisamment intime avec Jean Boullet pour connaître et estimer sa mère :
Cher Jean [Cocteau]
Un mot de ma mère me dit que vous avez eu la bonté de la recevoir. C’est une femme assez bonne qui m’adore et que le pauvre MAX avait en grande Estime.

[Cette lettre est reproduite p. 290, de Passion et subversion, de Nicole Canet.]

Enfin, on trouve la mention que le jour de l'arrestation de Max Jacob, le 24 février 1944, un gendarme a prévenu par lettre anonyme le peintre Jean Boullet. Patricia Sustrac, qui rapporte ce fait, ajoute : « On ne connaît aucune action significative de Jean Boullet dans cette affaire. On peut s’étonner également de l’envoi de cette lettre anonyme à une relation de Jacob très éloignée du cercle étroit de ses amis. Il n’a pas été possible de retrouver la famille de ce gendarme qui aurait pu sans aucun doute nous aider à comprendre comment l’adresse de Jean Boullet lui était connue. »

Il semble pourtant que Jean Boullet était plus proche de Max Jacob que le silence des sources peut le laisser penser. Certes, dans sa biographie de référence, Jean Boullet, le Précurseur, Denis Chollet n'en parle pas. Cependant, Michel Déon rappelle dans la préface de ce livre qu'après avoir chroniqué une exposition de dessins de Jean Boullet, à la fin de 1944, celui-ci lui « écrivit pour me remercier et m’inviter chez lui, avenue d’Italie. Il habitait sur cour un appartement avec trois pièces d’enfilade bourrées d’objets baroques, de très belles gravures, de dessins de Jean Cocteau, de Max Jacob. »

En définitive, la plus belle preuve de l'amitié ou de l'estime mutuelle qui liaient les deux hommes est sûrement ce portrait émouvant de Max Jacob à l'étoile jaune, qui est aujourd'hui conservé au musée de Quimper :

Jean Boullet (1921-1970) - Portrait de Max Jacob à l’étoile jaune, 1943
Encre de Chine sur papier, 30 x20 cm - Musée des beaux-arts de Quimper
© Musée des beaux-arts de Quimper

Pour revenir au dessin qui nous occupe, c'est une des esquisses du travail préparatoire au recueil Tapis volant. Publié en 1945, avec l'aide de Jean Cocteau, et composé de 33 dessins - celui-ci n'a pas été repris -, cet ensemble représente un hommage à la beauté adolescente. A ce titre, il est un peu à part dans la production de Jean Boullet qui, par la suite, préférera dessiner des garçons sensiblement plus musclés et virils et, partant de là, légèrement plus âgés. Ce dessin, comme ceux du recueil, n'avait pas encore ce trait précis et très marqué qui le caractérisera par la suite. Le choix du crayon donne plus de flou et plus d'aérien aux dessins. Et, de mon point de vue, plus de sensualité.
 
 
Une sélection de huit planches de l'ouvrage :








 
Lien vers un message de ce blog à propos de Tapis volant.

L'acte de naissance de Jean Boullet

En préparant ce billet, je me suis étonné de ne pas trouver le lieu et la date de naissance de Jean Boullet, hormis cette unique mention répétée partout qu'il serait né à Paris en 1921. Une rapide recherche m'a permis de trouver son acte de naissance dans les archives en ligne de Neuilly-sur-Seine. Il a donc vu le jour le 12 décembre 1921, au n° 37, boulevard du Château. Ses parents habitaient alors au n° 12, rue Angélique Vérien, dans un immeuble cossu comme il y en a tant dans cette ville.

Source : Archives départementales des Hauts-de-Seine

La mention marginale nous informe aussi que la date officielle de son décès est le 2 novembre 1970 à Annaba, en Algérie (l'ancienne Bône). Là-aussi, on trouve souvent la mention d'un décès à Tébessa, en décembre 1970.
 
On va bientôt commémorer les 100 ans de la naissance de Jean Boullet. Je vous rappelle l'exposition en cours à la galerie Au Bonheur du Jour et ce beau livre, paru en 2013 : Passion et Subversion
 

 

samedi 9 octobre 2021

Exposition Jean Boullet

Pour les amateurs de Jean Boullet, dont je suis, une belle exposition est organisée par Nicole Canet dans sa galerie "Au Bonheur du Jour". 

Nouvelle Exposition
du 13 octobre au 27 septembre 2021.

 

« ÉROS, SONGE ET ENFER »
Jean Boullet (1921 – 1970)

Peintures, livres, dessins
de 1941 à 1960


A l’occasion des 100 ans de la naissance de Jean BOULLET (1921-1970) :
Une soixantaine de nouveaux dessins seront proposés :
- "Le Songe d'une Nuit d'Eté", de Shakespeare,1943.
- "La Divine Comédie" de Dante Alighieri,1946.

Ainsi que du Varia : dessins de garçons, marins, tatoués, voyous et autres.
Photos de cinéma Fantastique, thème entre autre, que collectionnait Jean Boullet

Pour en savoir plus : https://www.aubonheurdujour.net/exposition-jean-boullet/

Livres sur Jean Boullet :
Passion et Subversion
Sous l'Aile du Désir

lundi 30 août 2021

Ces Messieurs du sens interdit, par Marilli de Saint-Yves, 1933, réédition

J'ai le très grand plaisir de vous présenter la réédition d'un ouvrage oublié et rare : Ces Messieurs du sens interdit, de Marilli de Saint-Yves, paru en 1933.

J'ai travaillé pendant un an à identifier les nombreux personnages et lieux cachés derrière des pseudonymes, à contextualiser les nombreuses allusions devenues obscures aujourd'hui et à dégager l'image de la masculinité et de l'homosexualité que véhicule cet ouvrage savoureux. Il en résulte un dossier de plus de 200 pages qui inclut la réédition d'un autre ouvrage contemporain, lui aussi oublié et introuvable, L'Amour défendu, par Jacques de Gailleul, paru en 1934.

J'espère que vous aurez autant de plaisir à le découvrir que j'ai eu à le faire.


Il est publié dans la collection des Cahiers QuestionDeGenre/GKC, édités par GayKitschCamp (GKC).

Présentation : 

1925-1930. Le Select vient d’ouvrir à Montparnasse. Il est rapidement « fréquenté par des androgynes se donnant une allure d’artistes ». Jean Cocteau s’est converti et Maurice Sachs porte la soutane. Maryse Choisy a passé Un mois chez les filles. Le mondain Sacha Bernard, ami de Proust et de Montesquiou, a créé le cercle Les Heures littéraires où se croisent quelques écrivains et homosexuels aujourd’hui oubliés. Dans ce Paris élégant et mondain, parfois littéraire, quelques « éphèbes » se cherchent, s’aiment, se détestent, se trouvent. Ils vont s’encanailler dans un bal de la rue de Lappe. Ils croisent des personnages d’Alec Scouffi au Clair de Lune à Pigalle. Ils fréquentent des bars ou des salons de thé à « la clientèle spéciale ». Marilly de Saint-Yves, observatrice à l’œil aiguisé, regarde mais surtout caricature cet univers dans ce roman à clés, bien informé, qui est aussi un plaidoyer chaleureux et attachant pour l’amour « au-dessus des préjugés et des chaînes ».
Dans un dossier nourri et dense, cette édition s’est attachée à déchiffrer les nombreux pseudonymes et à faire revivre les personnes et les lieux qui se cachaient derrière. C’est une contribution à la connaissance de cette subculture homosexuelle parisienne des années 1925-1930 qui se trouve ainsi enrichie par l’évocation de nouveaux acteurs et de nouveaux lieux.

Il peut être commandé auprès des éditions GayKitschCamp, 5 rue du Pavillon, 34000 Montpellier,  tél. 06 03 554 566, courriel : gaykitschcamp@gmail.com (responsable de publication : Patrick Cardon).

Il sera aussi disponible à la librairie Les Mots à la Bouche, à Paris.