jeudi 19 avril 2018

Si le grain ne meurt, André Gide, 1924

Mais, saisissant la main qu'il me tendait, je le fis rouler à terre. Son rire aussitôt reparut. Il ne s'impatienta pas longtemps aux nœuds compliqués des lacets qui lui tenaient lieu de ceinture; sortant de sa poche un petit poignard, il en trancha d'un coup l'embrouillement. Le vêtement tomba; il rejeta au loin sa veste, et se dressa nu comme un dieu. Un instant il tendit vers le ciel ses bras grêles, puis, en riant, se laissa tomber contre moi. Son corps était peut-être brûlant, mais parut à mes mains aussi rafraîchissant que l'ombre. Que le sable était beau! Dans la splendeur adorable du soir, de quels rayons se vêtait ma joie!...
Ce beau texte est extrait du livre le plus personnel d'André Gide, du moins de mon point de vue. Si le grain ne meurt a d'abord paru dans un petit tirage confidentiel et privé de 12 exemplaires pour le premier volume en 1920 et de 13 exemplaires pour le deuxième volume en 1921. Quelques années plus tard,  André Gide se décida à le rendre public. C'est un exemplaire de cette première édition publique, de 1924, en 3 volumes, que j'ai eu le plaisir d'acquérir dans une belle reliure de Devauchelle. Un beau texte, qui me touche, dans un beau tirage, recouvert d'une belle reliure, que demander de plus ?


Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la première édition, la fiche de ce libraire (en anglais) présente un des rares exemplaires : cliquez-ici.

6 commentaires:

Eric David a dit…

C'est un véritable plaisir de lire vos parutions.
J'apprécie le sujet mais aussi la façon de l'aborder.
je vous remercie de ce travail de titan.

En plus du texte vous aimez, je vous cite "Un beau texte, qui me touche, dans un beau tirage, recouvert d'une belle reliure, que demander de plus"

Ma devise est très proche: "un beau texte, une belle composition, un beau papier le tout dans une belle reliure"

Ce sont des plaisirs d'esthètes.

Mais qu'il est difficile de trouvez des textes à relier.

Vous avez dans ce domaine des connaissances que je n'ai pas.

L'un de mes rêves serait de concevoir la composition,de surveiller le mode d'illustration et celui de la reliure de tels textes tirés à une quinzaine d'exemplaires....

(En éliminant les modes pour ne garder que la qualité de l'intemporel)

Je songe à votre bibliothèque et je vous félicite pour vos chroniques qui ne sont que pur bonheur.

Merci à vous, je suis heureux qu'un homme tel que vous existe.

Encore Merci

Eric

Bibliothèque Gay a dit…

Merci pour ce si sympathique commentaire.
Faut-il comprendre que vous êtes relieur ? Si oui, il doit être possible de trouver un ouvrage à vous faire relier.
N'hésitez pas à me contacter à cette adresse mail : bibliotheque.gay@numericable.fr
Jean-Marc

Jean a dit…

Prix toujours aussi délirants chez Elysium...
Merci pour vos billets

Bibliothèque Gay a dit…

Merci pour votre message.
J'ai participé à la vente à Paris lorsque cet exemplaire de l'édition originale est passé en vente. J'avais déjà trouvé le prix délirant. Et quand il a traversé l'Atlantique, le prix a été multiplié par 2. Et il n'a toujours pas trouvé d'acheteur.
Peut-être reviendra-t-il discrètement à un prix plus abordable.
Jean-Marc

Laurent a dit…

Savez-vous si le texte "intégral" de la première édition (Elysium) a été publié dans des éditions plus récentes (Pléiade par exemple) ?
Ou bien est-ce que toutes les éditions ultérieures à l'originale sont des versions "censurées" ?

Merci pour votre blog

Laurent

Bibliothèque Gay a dit…

Malheureusement, je ne sais pas répondre à votre question. Je ne sais s'il existe une reproduction à l'identique de l'édition originale. Je ne connais que l'édition publique de 1924 et la version Folio (est-ce la même ?) dans laquelle j'ai lu ce texte.

Merci pour votre message.

Jean-Marc